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L’expo Condoléances de Cheikh Niass a été inaugurée ce mardi à la Galerie nationale des arts de Dakar. Après plus d’une quinzaine d’années passées à Viennes, le plasticien a tenu à présenter ses condoléances au Sénégal, suite à la disparation de grands artistes. Ce à travers une quarantaine d’œuvres qui représentent les larmes de la peinture.

Le Sénégal a perdu récemment pas mal d’artistes : Amadou Sow, Ousmane Sow, Ibou Diouf, Joe Ouakam, Ndary Lô, Bouna Me­doune Sèye… A travers une ex­po­sition intitulée «Condo­léances», le peintre Cheikh Niass a tenu à rendre hommage à tous ces «grands» artistes disparus et à présenter ses condoléances au Peuple sénégalais, aux artistes et aux amoureux de l’art. «Tous ces amis qui sont décédés, je ne les ai pas accompagnés jusqu’à leur dernière demeure. Il y en a un ou deux que j’ai accompagnés, mais pas tout le monde. Quelque part, je suis toujours en deuil. Je me suis dit : «il faut vraiment que je fasse cette exposition pour présenter mes condoléances, partager avec vous cette douleur et rendre hommage à tous ces grands artistes qui nous ont quittés»», a-t-il fait savoir à l’occasion du vernissage de son expo, mardi, à la Galerie nationale d’art.
Dans cette expo qui renferme près de 46 œuvres, on retrouve une multitude de couleurs vives ou sombres, elles contribuent toutes à la douleur de l’artiste face à l’énorme perte que constitue le rappel à Dieu de ces artistes qui étaient aussi ses amis. «Amadou Sow c’était mon ami, on a vécu ensemble à Vienne et ici. Ndary Lô était aussi mon ami. Je ne veux pas citer au risque d’en oublier. Je rends hommage à tous. C’est une perte pour tout le monde», dit-il d’une voix fendue.
Dans ses toiles, le peintre établi en Autriche depuis plus de 15 ans, laisse couler sa peinture comme une traînée de larmes. Cheikh Niass confirme : «ce sont bien des larmes, mes larmes, les larmes de la peinture» comme on le retrouve sous le titre de certaines toiles. Ailleurs, ces lignes droites tracées dans ces toiles de lin, de jute, voile indien, bâches grand ou moyen formats représentent l’eau, la pluie et renvoient à la survie, à l’abondance. Malgré son exil et son éloignement de la terre mère, ce natif de Pikine n’a pas oublié les rites anciens et populaires que pratiquaient les populations du Sénégal pour que la saison des pluies leur soit favorable. A travers Bawnane, il ressuscite tout ce pan de l’histoire africaine. «On n’a pas besoin d’expliquer Bawnane à un Sénégalais. L’eau, la pluie c’est important parce que c’est notre survie. On utilise toutes nos con­naissances cosmogoniques pour que l’eau vienne, pour qu’il y ait de l’abondance. C’est notre survie.»
Dans ses toiles où l’on retrouve parfois l’ombre humain, Cheikh Niass aborde les âmes nobles autant qu’il cherche à s’émanciper en tant qu’artiste. La technique simple et savamment maîtrisée et la scénographie font toute la splendeur de cette exposition, selon Maguèye Kassé, qui en est le commissaire. «Une exposition qui n’est pas bien montée ne peut pas refléter ce que l’artiste veut montrer. Vous avez vu sur les pans des murs différents sujets, qui montrent les différentes facettes à la fois de la mort et de la vie. C’est cela la dialectique de la vie et de la mort. Vous avez des tableaux très sombres, qui font penser à des labyrinthes qu’est la vie mais aussi à l’Au-delà. Il y a toujours cet écoulement qui devient un leitmotiv dans la plupart de ces toiles», analyse-t-il. Poursuivant, il souligne : «Condoléances ne s’arrête pas seulement au Sénégal. Elle ne voit pas seulement le monde sous un prisme négatif. Elle embrasse tout les artistes tous ceux qui nous prêtent leurs yeux pour voir le monde autrement (Ndlr : référence au cinéaste burkinabè décédé Idrissa Ouédraogo). Et nous dit vous qui avez la chance de vivre, vivez, continuez, mais ne nous oubliez pas. Priez pour nous.»
L’expo se poursuit à la galerie jusqu’au 6 mars et pour son auteur, Cheikh Niass, la prochaine étape sera la Biennale de Dakar.
aly@lequotidien.sn

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