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La Galerie nationale d’art a inauguré ce jeudi, une grande exposition d’œuvres d’Ibou Diouf. L’artiste célèbre pour ses tapisseries, revient avec une nouvelle forme d’expression, des toiles grands formats peintes à l’acrylique et d’autres plus petites faites à base de feutres et de crayon. Dans ces dernières notamment, Ibou Diouf entre dans un rayon cosmique, où contes et légendes dominent. Du sommeil au rêve, du rêve au sommeil, le grand maître de l’école de Dakar s’interroge sur l’éthique d’une vie.

Manufacturier, costumier, lauréat de l’affiche du 1er Festival mondial des arts nègres (1966), Ibou Diouf a traversé plusieurs générations, plusieurs époques et plusieurs styles d’art. A travers son exposition inaugurée ce jeudi à la Galerie nationale d’art, l’artiste a démontré une nouvelle fois son talent et son génie. Le peintre dessine ses personnages et fait de ses acteurs principaux des oiseaux. On dirait plutôt des êtres mi-homme mi animal. Dans son univers cosmique, le plasticien présente environ 47 œuvres, dont la plupart dessinées seulement en 2016, font l’objet d’une  1ère exposition. Disposées par pièces de 3 œuvres ou 2, ces toiles relatent l’univers d’hommes à visage d’oiseau.  En les regardant de près, on a l’impression de voir des oiseaux, aux ailes repliés sur elles-mêmes. Et l’artiste s’en expli­que : «Le cosmique, c’est un travail et des interrogations sur l’être humain, les métamorphoses de l’être entre le végétal, l’animal et l’être humain… ». Le choix des oiseaux est donc bien délibéré, fait savoir Ibou Diouf qui considère que l’homme étant un être masqué, il fallait tout simplement choisir l’oiseau pour être concret.
«Nous avons tous un masque, et l’oiseau n’est pas laid, c’est mythique, au fond c’est l’être humain», a-t-il souligné. Derrière ce masque, le commissaire de l’exposition Omar Ndiaye décèle lui, des personnages mis en relief. «Les personnages ne sont pas plats… Dans certaines œuvres vous avez l’impression que c’est de l’abstrait alors que si vous regardez bien vous les voyez surgir. Ils surgissent comme s’ils sortaient de l’ombre pour venir vers la lumière», note-t-il. Omar Ndiaye dit être par ailleurs attiré par ce côté à la fois dépouillé et académique de la peinture de Ibou Diouf. «Il n’arrête pas de surprendre à chacune de ses expositions. Sa peinture est très dépouillée et très académique. Ses traits sont très fins et bien précis. On sent les différentes séquences de la formation d’un artiste qui a une bonne maitrise de son crayon», observe-t-il.

La sérénité des femmes en toile de fond
Trainant le regard plus près d’une des œuvres, l’on croit appréhender une femme emmitouflée dans son «meulfeu», comme une maure. Cela saute à l’œil. Mais ce n’est point une surprise puisque, dit-on, «on retrouve bien souvent dans les œuvres de l’artiste la femme sénégalaise sous diverses incarnations». Le peintre ac­quies­ce et confie rechercher à travers ces figures féminines, ce côté apaisé, cette sérénité, ce sens très posé des femmes «Le centre de gravité ce n’est pas un oiseau, ça peut être des femmes, des hommes mais toujours il y a ce côté féminin qui se détache. Ce ne sont pas de gens virulents, elles sont très posées», confesse-t-il.
Dans cette exposition qui entraine vers toutes sortes d’imagination, certains visiteurs soupçonnent en ces figures, mi-homme mi- oiseau, une inspiration égyptienne. Vu de profil, l’on croit effectivement voir Horus, Anubis ou Seth, ces figures de la mythologie égyptienne. Laissant libre court à toute interprétation, l’artiste se lance lui dans les milles interrogations qui découlent de son œuvre. En réalité, en fond de son travail, immerge un certain nombre de questionnements. «Le cosmique, c’est un travail et des interrogations sur l’être humain, les métamorphoses de l’être entre le végétal, l’animal et l’être humain. Il y a cette espèce de questionnement éternel», nous dit-il. La première l’éthique d’une vie. Et l’autre du sommeil au rêve ; sont l’essence même de son exposition. «Il y a deux jours seulement tout le monde se posait la même question. Pourquoi ça ne bouge pas ? Que doit-on changer?» La question reste ouverte.
 
Des œuvres et des questions
Après 50 ans de vie artistique, ce pionnier des arts, interroge et s’interroge toujours, loin de croire son œuvre achevée, il ouvre une nouvelle brèche, dans laquelle s’inscrit ce nouveau travail. Voila sans doute ce pourquoi le ministre de la Culture et de la communication Mbagnick Ndiaye a jugé utile de le sortir de son hibernation. «Les œuvres d’art ne sont pas seulement des objets de contemplation mais ce sont de puissants outils d’investigation qui permettent d’analyser et de comprendre», a-t-il affirmé. Et pour insister sur la pertinence de ces propos, la directrice de la Galerie nationale d’art, Awa Cheikh Diouf d’inviter le public à venir profiter de la finesse et de la douceur de ces œuvres dignes d’un grand maître. L’exposition se poursuit jusqu’au 24 décembre.
aly@lequotidien.sn

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