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«Quitter la rue pour séjourner dans les musées.» 5ème Underground l’avait rêvé, la Maison des cultures urbaines, Doxandem Squad et le musée Théodore Monod l’ont réalisé. Le rap, le graffiti, la danse et le roller séjournent jusqu’au 22 novembre prochain au musée Théodore Monod. L’exposition qui regroupe toutes ces pratiques artistiques a pour thème «Radical-isme». Le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly, a procédé jeudi dernier à la cérémonie de vernissage.

A l’aune de leurs 30 ans, les cultures urbaines ont quitté la rue pour séjourner au musée Théodore Monod. Un pas vers leur professionnalisation ? En tout cas, l’objectif est de proposer un cadre propice à la médiation des arts qu’on trouve dans la rue, mais aussi et surtout de permettre au musée de se projeter dans l’avenir, en exposant des créations d’aujourd’hui qui seront le patrimoine de demain. C’est ainsi qu’il faut comprendre la première édition du Festival des cultures urbaines. Ouvert jeudi dernier et jusqu’au 22 novembre, «Radical-ism», le thème de l’exposition, ouvre une large fenêtre sur les cultures urbaines en choisissant de se focaliser sur 4 chapitres. Des arts urbains aux tableaux de graffiti en passant par la danse avec des vidéos des «battles» projetées sur écran ou encore la musique avec une sélection de K7 vintages à côté du ghetto blaster (magnétophone qu’on voit dans les vieux clips de rap) sans oublier le sport avec des photographies des Accro rollers et free style roller. En parcourant cette exposition, le visiteur profane prend son pied, allant à la découverte de 30 ans d’histoire, de conquête et de réussite. C’est ce qui explique le choix du thème. «On a voulu interroger la diversité des sens qui sont dans le mot ‘’Radical’’. C’est ce qui nous ancre dans un passé et une profonde identité. Les cultures urbaines ont le même objectif», a expliqué le directeur artistique du festival et non moins conservateur du musée. Selon El Hadji Malick Ndiaye, «à travers les cultures urbaines, cette position radicale a été un moteur d’avancement socio-politique». «‘’Radical’’ sous-entend : libérer son esprit, s’ancrer dans les traditions, donner le pouvoir au peuple, c’est tout simplement affirmer nos valeurs traditionnelles positives par l’art. ‘’Isme’’ pour mettre cette prohibérance idéologique à distance», fait-il savoir.
Le journaliste Pape Amadou Boye est conquis par le travail de Misérable Graff, Doxandem Squad, Rbs Crew, Amo Niak, Craff, Zeinix (première artiste de graffiti en Afrique de l’Ouest, Ndlr) et des 3 artistes plasticiens invités que sont Arébénore Bassène, Abdoulaye Diallo le berger de l’île de Ngor et de Ateba. «C’est vraiment merveilleux», réagit-il. Il faut noter que la cérémonie de vernissage de cette exposition qui a eu lieu jeudi passé avait laissé voir des séquences dans la rue. En effet à l’entrée du musée, un groupe de rollers slaloment sur une ligne à côté des tableaux. Pendant ce temps, des vidéos montrant des compétitions de danse attirent de plus en plus de curieux. Quelques nostalgiques se regroupent en petits nombres devant une petite bibliothèque, ressassent des souvenirs d’époque où les disques de rap étaient des K7. Les plus téméraires, attirés par la plume ou la bombe (matériel qu’on utilise pour faire des graffitis), s’essayent.
Ce fut en somme un véritable étalage des arts urbains que le ministre de la Culture a visité pendant plus d’une heure. Conquis par ce qu’il a vu, Abdou Latif Coulibaly a reconnu que «les 300 millions Cfa du Fonds de développement des cultures urbaines ne sont certes pas suffisants, mais il faut rester réaliste et voir comment faire pour les augmenter». Un concert aminé par Ombre Zion a clôturé ce qu’il convient d’appeler une nouvelle renaissance des cultures urbaines.
mgaye@lequotidien.sn

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