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Petit village au moment des événements de 1989, Dia­wa­ra, situé dans le département de Bakel, n’a rien à envier à certaines villes du pays, 27 ans après le conflit. Ici, les réalisations des émigrés s’affichent plein la vue. La mairie et le Comité pour la rénovation de la ville de Diawara (Coredia), qui regroupe tous les ressortissants de la ville, travaillent la main dans la main pour son émergence. Et ils se sont fixé bien d’autres défis à relever ensemble.

Le village de Diawara, situé à 18km au Nord-ouest de la commune de Bakel, a été rendu tristement célèbre dans la matinée du 9 avril 1989. Cette date a coïncidé avec le troisième jour du mois de Ramadan. Ce jour, une vive altercation a opposé des cultivateurs du village à des éleveurs mauritaniens venant d’un village nommé Sonko. Le sang a coulé, créant des orphelins. Au cours de cette chaude journée, côté sénégalais, un mort et plusieurs blessés ont été enregistrés. Quelques jours après, l’un des blessés a rendu l’âme des suites de ses blessures. Selon des témoignages, il aurait été torturé par des hommes de tenue du pays voisin.
Aujourd’hui, Diawara, qui est devenue une commune en 2002, connaît une forte expansion et n’a plus grand-chose à voir avec le petit hameau de l’époque. Les réalisations des émigrés, visibles un peu partout, l’ont transformée de fond en comble et bouleversé les rapports sociaux. Le visiteur qui débarque dans cette ville est frappé par les immenses et belles constructions. Ici, à l’image de Dakar et d’autres villes du pays, les immeubles à un ou plusieurs étages foisonnent. A l’intérieur des concessions, certains mobiliers ne dépareraient pas les résidences les plus huppées des quartiers fortunés de Dakar. Salons bien meublés, téléviseurs écran plat, la climatisation y est aussi. Depuis l’inauguration de la station de traitement d’eau potable par l’ex-ambassadeur de France, Jean Félix Paganon, en novembre dernier, l’eau coule à flots jusque dans les toilettes. (…)
Sous la chaleur, les habitants vaquent néanmoins tranquillement à leurs occupations. Dans plusieurs coins de la localité, des forgerons fondent le métal pour fabriquer des houes, des haches et autres matériels agricoles. La route latéritique, principale voie, est jalonnée de magasins, de salons de coiffure, ou d’ateliers de tailleurs, de soudeurs, ainsi que de «dibiteries» et autres commerces. Les quatre écoles élémentaires, le Cours d’enseignement moyen (Cem), le lycée, les deux écoles franco-arabes, le poste de santé font partie du décor de Diawara. La ville dispose aussi d’un complexe social collectif, d’un stade municipal, d’un marché et d’une aire d’abattage moderne.
Le combat que mènent aujourd’hui le Comité pour la rénovation de la ville de Diawara (Coredia) et la mairie, c’est d’obtenir la transformation du poste de santé en centre. Pour le maire Killé Sakho, cela est une nécessité absolue. Il donne les raisons : «Le poste de santé est limité par la déficience du service de maternité (insuffisance des lits et des équipements), les malades sont souvent orientés vers le district de santé de Bakel qui est situé à 18 km, en raison de la faible qualification du personnel.» A l’image des autres villages soninké, Diawara n’a pas attendu l’Etat pour la réalisation de ses édifices publics.
Mamadou Hamidou Sakho, ancien président du Core­dia, liste leurs efforts. Il dit : «A l’école Diawara 1, il y a douze classes, et l’Etat n’a construit que 3. Le reste a été construit par les fils de la ville. Ils ont aussi construit un poste de santé, équipé d’une chaise dentaire, un échographe pour la maternité et un groupe électrogène en cas de coupure de courant. A cela s’ajoute le financement de l’adduction d’eau potable dans la ville qui a coûté 258 millions de francs Cfa, dont 28 ont été décaissés par le Coredia et le reste donné par les partenaires.»
Les 15 mille âmes environ qui résident dans la localité se répartissent entre les quartiers Sakhola, Bangassi, Koïtala 1 et 2, Samba Diély, Wodouga 1, Wo­dou­ga 2. Les Soninkés, majoritaires, ainsi que les Peulhs et les Wolofs qui y vivent évoluent dans les secteurs de l’agriculture, l’élevage, la pêche et le commerce.
msakine@lequotidien.sn

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