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La galerie Léopold Sédar Senghor du Village des arts fait en ce mois d’octobre la part belle à la peinture «naïve». Ibrahima Kébé, spécialiste de cette peinture, y expose une quarantaine de toiles relatant le quotidien des êtres humains. Intitulée les «Octo­bristes», cette exposition est aussi l’occasion pour son auteur de célébrer tous les natifs de ce mois d’octobre : à commencer par lui-même.

En entrant dans galerie Léopold Sédar Senghor, on découvre une toile scindée en deux et montrant une foule nombreuse en haut, et en bas cette même foule regardant deux hommes au centre munis de leurs «nguimb». En regardant cette image, on devine aisément que c’est une séance de lutte. Mais pas n’importe laquelle, selon son auteur Ibrahima Kébé. Cette scène raconte la lutte traditionnelle, communément appelée «mbapatt». «J’utilise une technique picturale juxtaposant deux toiles : la première partie représente les spectateurs et la scène d’en bas les lutteurs», explique-t-il. A l’intérieur de la galerie Léopold Sédar Senghor, on découvre d’autres toiles, 39 précisément (mise à part la première toile), présentant des personnages tous aussi singuliers que particuliers. Ils ont les mêmes formes, les mêmes allures et les mêmes apparences que ceux qui sont peints sur la première toile, mais décrivent d’autres scènes. Tantôt c’est une scène de lutte, tantôt des marchands ambulants, d’autres fois une belle de compagnie, des amoureux, une promenade de couple, Setto set, une cérémonie de mariage ou tout simplement une scène de tresses… Toutes ces toiles célèbrent des scènes de vie quotidienne.
M. Kébé, en tant que natif du mois d’octobre, célèbre autant les «Octobristes» à travers ses toiles. Pour lui, c’est surtout l’occasion d’immortaliser et d’immobiliser dans le temps ce quotidien de tous les jours, ce quotidien qui change et qui ne se répète pas, ce quotidien qui évolue et qui se passe dans la vie. «Le quotidien m’intéresse, je me lève tous les jours le matin et pas le soir. Et on fait toujours la même chose, mais de manière différente», confie-t-il au sujet de ses motivations.
D’autre part, ce peintre réconcilie les personnages dans ses toiles, rappelant le royaume de l’enfance et celui des animaux, Ndoum­bellane où différentes couleurs se meuvent, des couleurs choisies toutes au hasard. «Quand je prends mes couleurs pour peindre, je ne les choisis pas. Je prends un rouge à côté d’un noir ou d’un blanc. Ils n’ont qu’à se débrouiller pour être ensemble.»
Chez ce peintre, tout est instinctif. Et gare à celui qui le prend pour un peintre naïf ! En scrutant ses toiles un peu plus, l’on se rend compte du désordre pictural. Et au cœur de ce désordre surgit un tout autre ordre.
Aux yeux de Mamadou Ndiaye, responsable de la galerie Léopold Sédar Senghor, là se trouvent justement la gloire et le génie des pinceaux. «Il fait fi de certains carcans et de l’académisme du point de vue picturale. Sans le respect des formes, des proportions, des coloris, Ibra­hima tient simplement à mettre en évidence le délicat dialogue des être humains. C’est ce principe que je retiens de ses toiles.»
Après son long cursus et son parcourt à l’Ecole des arts, le pensionnaire du Village des arts, El Hadji Sy, était sûr à 100% que Ibrahima Kébé allait encore étonner. Comment ne le pourrait-il pas ? «Il continuera de nous étonner», dit-il, laissant la place au secrétaire général du ministère de la Culture, Birane Niang, et à l’ambassadeur du royaume de Belgique au Sénégal, Philippe Colyn, exprimer leur fascination quant au génie, à la simplicité, les couleurs, les complicités et les émotions contenues dans l’œuvre de Ibrahima Kébé.

aly@lequotidien.sn

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