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Arrestations arbitraires, torture, détention dans les prisons éloignées : Ce sont les problèmes auxquels sont confrontés les militants pour la lutte contre l’esclavage et la discrimination en Mauritanie. Amnesty international, qui a publié hier un rapport sur la situation des organisations de défense des droits humains dans ce pays, déplore la répression dont sont victimes ces militants qui dénoncent l’esclavage et la discrimination qui y sont une réalité.

Les militants des organisations de défense des droits humains vivent le calvaire en Mauritanie. C’est ce que révèle le nouveau rapport réalisé par Amnesty international. Intitulé Une épée au-dessus de nos têtes, ce document met en exergue les arrestations arbitraires, torture, détention dans des prisons éloignées et interdiction systématique de se rassembler que subissent les membres d’organisations mauritaniennes qui dénoncent «la pratique persistante de l’esclavage et de la discrimination» dans ce pays. Hier, lors de la présentation de ce rapport, le directeur régional d’Amnesty en Afrique de l’Ouest et du Centre a fait savoir que ces pratiques sont une réalité dans ce pays, mais les autorités sont dans le déni et répriment les défenseurs des droits humains. Alioune Tine qui souligne que l’esclavage a été aboli en Mauritanie en 1981 et criminalisé en 2007 trouve scandaleuse l’attitude des autorités. Selon lui, non seulement les lois luttant contre ces pratiques ne sont pas appliquées, pis il estime qu’elles servent beaucoup plus les auteurs que les victimes. «C’est la perversion absolue, la corruption de l’Etat de droit et de la démocratie du moment où on nomme quelque chose devient un danger. C’est ce qui arrive aux défenseurs des droits de l’Homme. La deuxième corruption, c’est quand vous dénoncez quelque chose qu’on vous réprime, qu’on vous dénigre. La corruption c’est également quand des lois existent et qu’il n’y a aucune incidence», a-t-il déploré. Selon ce nouveau rapport, il y a une persistance généralisée de l’esclavage et de la discrimination. Ainsi, on note que «d’après les estimations d’organisations internationales antiesclavagistes, jusqu’à 43 mille personnes étaient réduites en esclavage en Mauritanie en 2016, soit environ 1% de la population totale». De même, dans le cadre de son enquête, Amnesty a constaté «que la police, les procureurs et l’appareil judiciaire ne répondaient pas de façon appropriée aux cas d’exploitation signalés, qu’il s’agisse d’identifier les victimes ou de punir les responsables présumés». «En 2016, seulement deux personnes ont été condamnées par les tribunaux du pays compétents pour connaître des affaires d’esclavage, alors que ces juridictions avaient été saisies de 47 dossiers dans lesquels 53 suspects étaient impliqués», a-t-on informé. Dans son document, cette organisation de défense des droits humains révèle que «les pratiques discriminatoires touchent particulièrement les membres des communautés harratine et afro-mauritaniennes». «Ceux-ci sont absents de pratiquement toutes les positions de pouvoir et rencontrent des difficultés pour se faire enregistrer sur les registres de l’état civil, ce qui limite notamment leur accès à des services essentiels», a-t-on renseigné.

«Recours à une force excessive contre les manifestants»
Tout en dénonçant le mépris dont font montre les autorités de ce pays face à ces pratiques, le rapport d’Amnesty présente les différentes tactiques utilisées par les autorités mauritaniennes pour faire taire les défenseurs des droits humains et les autres militants. Il est ainsi fait état de l’interdiction de manifestations pacifiques, le recours à une force excessive contre des manifestants, l’interdiction d’organisations militantes et l’ingérence dans leurs activités. Comme exemple, il est cité la marche en avril 2017 d’une centaine de jeunes militants qui demandaient que les politiques éducatives soient destinées au plus grand nombre et qui a été violemment dispersée à Nouakchott et 26 militants arrêtés. Outre l’interdiction des manifestations, les organisations luttant contre l’esclavage et la discrimination sont aussi confrontées à l’impossibilité de mener librement leurs activités. «Le rapport mentionne les cas de 43 associations qui n’ont jamais été autorisées à exercer leurs activités, bien qu’elles aient renouvelé leur demande à plusieurs reprises. Parmi ces organisations figurent l’Asso­ciation des jeunes pour la démocratie Kavana («Ça suffit») et l’Initiative pour la résurgence du mouvement abolitionniste (Ira) qui est un mouvement de lutte contre l’esclavage. Les militants de ces organisations sont aussi souvent victimes d’arrestations arbitraires et de torture», a-t-on dit. D’après Amnesty, des informations recueillies font état de 168 cas de défenseurs des droits humains arbitrairement arrêtés, dont 17 au moins ont été torturés et soumis à d’autres mauvais traitements. S’ils ne sont pas arrêtés ou torturés, les militants pour la défense des droits humains de ce pays sont victimes de «virulentes campagnes de dénigrement, des agressions et menaces de mort». Et d’après Amnesty, ils sont même souvent «qualifiés de traitres, de criminels, d’agents de l’étranger ou de racistes, voire accusés d’apostasie ou de manœuvres politiciennes».

Recommandations
Lors de cette conférence de presse, le directeur régional d’Amnesty international en Afrique de l’Ouest et du Centre a demandé aux autorités mauritanienne de «ne pas utiliser les mécanismes de protection des droits de l’Homme comme un écran de fumée pour empêcher de voir la réalité tragique que vivent les défenseurs des droits humains». D’ailleurs, pour mettre fin à cette situation, il est recommandé de «libérer immédiatement et sans condition tous les défenseurs des droits humains, de modifier la loi 1964 relative aux associations, la loi de 1973 réglementant les réunions publiques, la loi 2018 contre la discrimination pour que ces textes soient conformes aux normes internationales et régionales relatives au respect des droits de l’Homme». Amnesty recommande aussi aux autorités de «s’abstenir de toute ingérence induite dans les activités des associations, de supprimer la circulaire exigeant une autorisation les associations de se réunir dans les hôtels, salles de conférence». Entre autres recommandations, il y a aussi la modification de «la loi relative à la cybercriminalité de sorte à ne pas empêcher les défenseurs des droits humains de communiquer et de stocker en toute sécurité».
dkane@lequotidien.sn

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