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Le rassemblement du Collectif contre les violences faites aux femmes et aux enfants ce samedi à l’Obélisque a été une tribune pour dénoncer les séries de viol en cours dans ce pays.

Pari réussi des femmes, qui espèrent un «fast track» pour la criminalisation du viol. C’est l’appel fait par le Collectif contre les violences faites aux femmes et aux enfants, qui a organisé, samedi à Dakar, un rassemblement contre les violences faites aux femmes à savoir l’Asso­ciation des juristes du Sénégal (Ajs), l’Association des femmes syndicalistes, le Collectif pour la protection de l’enfance, Hom Dedff (Homme pour la défense des droits des femmes et des filles), le réseau Siggil Jiggen, Caucus des femmes leaders, etc.). Il a été remis un mémorandum à la vice-présidente de l’Assemblée nationale, Awa Guèye, à la tête d’une délégation de femmes parlementaires, lors du sit-in tenu ce samedi, à la place de la Nation. «Nous demandons que le viol soit criminalisé et la tolérance zéro pour protéger les femmes et les enfants d’une destruction physique et mentale qui leur coûte de plus en plus la vie à la fleur de l’âge», a déclaré Elyas Ndoye, un de ses membres. Cette manifestation fait suite à une série de meurtres enregistrés au Sénégal, dont celui de Binta Camara à Tambacounda, une affaire qui a particulièrement ému à travers le pays. La peine de mort, qui n’a plus été appliquée au Sénégal depuis 1967, a été abolie à la faveur du vote d’une loi par le Parlement le 10 décembre 2004. Le collectif a par la même occasion appelé «l’Etat à renforcer son arsenal juridique et institutionnel pour protéger les droits des femmes et des enfants».
En plus, il a exhorté «la population à briser le tabou pour éviter le +neup neupal+ (étouffer l’affaire) qui ne fait qu’aggraver le problème». «La protection des femmes et des enfants est l’affaire de tous et nous disons stop aux violences qui leurs sont faites», ont dit les membres du collectif qui ont scandé Dafadoy (ça suffit, wolof). Ils se disent convaincus que «la solution est de mettre fin à ce fléau notamment par la mise en place d’une stratégie efficace de la part des pouvoirs publics, de la Société civile et impliquant les populations».

«Nous ne sommes pas pour la peine de mort…»
Nouvelle présidente de l’Ajs, la commissaire de police à la retraite n’a pas manqué d’exprimer son «désarroi» face à ces affaires. «L’Ajs, avec elle toutes les organisations de femmes qui luttent contre les violences basées sur le genre, ne se démobilise pas. Elle a toujours lutté, et aujourd’hui, je voudrais lancer un message court. Au-delà de cette mobilisation ponctuelle liée au décès tragique de Binta Camara, il y en a eu d’autres. Hier, j’ai lu un autre viol dans la région de Louga, une fillette de 8 ans violée par un gaillard de 30 ans. Il faut que la vigilance demeure, que les populations apprennent la dénonciation», exprime Mme Diallo. Elle prodigue des conseils pour prévenir ces cas de viol : «Le cas de Binta Camara est assez évocateur, un élément de l’entourage immédiat de la famille qui peut commettre cet acte horrible. Il faut que les voisins et les familles acceptent d’être vigilants et de dénoncer les faits suspects. La prévention d’abord, c’est la sensibilisation à travers toutes les couches, l’école, les sociétés, les associations. Ne jamais baisser la garde pour la mise en garde. Il vaut mieux prévenir que guérir. Maintenir la vigilance auprès de toutes les personnes vulnérables, nos petites-filles, nos filles, les femmes. Les femmes sont violées de 7 à 77 ans.» La peine de mort serait-elle la solution ? «Nous ne sommes pas pour la peine de mort, nous croyons que ce n’est pas la solution. Il y a d’autres solutions. Il faut mettre l’accent sur la sécurité de proximité. L’Etat avait déjà engagé une réforme avec des polices qui sont à l’intérieur des localités, des quartiers. Je crois qu’il faut continuer cela, il faut revoir comment faire en sorte qu’on fasse revenir la police municipale qui sera le bras armé des communes avec le maire à la tête de cette police», propose Mme Fatoumata Guèye Ndiaye, présidente sortante de l’Ajs.
En écho Soham El Wardini, maire de Dakar, a du mal à comprendre que «des femmes soient brutalisées et tuées, tous les jours». «Nous devons vraiment être debout pour arrêter ce phénomène. Ces gens qui font ces horreurs doivent être punis et sévèrement punis. Il n’est pas question qu’on les laisse faire des choses comme ça et ne pas les punir sévèrement. Même la peine de mort ne saurait corriger ces horreurs. Ce sont des jeunes filles, des femmes et des pères de famille qui sont tués à longueur de journées dans notre pays. Qu’est-ce qui nous arrive ? Nous devons nous poser des questions», conseille Mme Wardini.

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