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«Vous ne parlez à des chimpanzés !» Cette phrase de l’emblématique Mbaye Sidy Mbaye, mon professeur d’Ethique et de Déontologie au Cesti, résonne dans ma tête à chaque fois que je constate une déviation dans les médias, surtout audiovisuels. Elle est restée gravée dans ma mémoire, comme si c’était la seule leçon que j’ai apprise de lui. En ce sens qu’elle résume «la responsabilité» qui repose sur les journalistes.
L’information est un droit. L’Article 19 de la Déclaration universelle de droits de l’Homme, l’Article 9 de la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et l’Article 8 de la Constitution du Sénégal disposent du «droit à l’information, à l’expression et à l’opinion». Les gouvernants ont donc l’obligation de partager des informations, surtout celles d’utilité publique, avec les gouvernés.
Le journaliste doit informer vrai, factuel et équilibré les citoyens qui, en fonction des outils d’appréciation à leur disposition, se font leur propre opinion. Ce que nous constatons dans certains médias audiovisuels au Sénégal est parfois le contraire. Des animateurs et animatrices débarquent dans les studios et sur les plateaux avec des préjugés, des accusations et des ‘charges’ contre les femmes et hommes politiques.
Ils négligent que les informations sont collectées du Peuple, traitées au nom du Peuple et destinées au même Peuple qui a droit à «l’Honneur, à la Dignité et au Respect». Ce qu’on constate est un «lâchage» des ‘politiques’ à des coléreux qu’ils ont fabriqués pour en découdre avec les supposés auteurs de leur misère. «Les voici, les gens qui vous volent et vous mentent», semblent désigner certaines productions.
Dans certains médias, les auditeurs et téléspectateurs n’ont plus droit au respect. Les invités politiques sont tout simplement humiliés. La vulgaire manière de poser une question (pardon, de jeter un caillou), le regard méprisant et accusateur adressé au soutien du régime et le charcutage de ses réponses sont autant de signes que certains se plaisent à «livrer» les politiques à des représailles de la part du Peuple.
Dans nos médias, on a surtout l’impression que tout le monde doit tout connaître. Les mêmes questions font le tour de toutes les rédactions et sont exposées à tous les invités, notamment les politiques partisans du régime : «3ème mandat, 750 milliards, etc.» ; la même question qui est posée à tout le monde, comme si tout le monde avait une réponse à tout. Quand l’invité répond, on ne le laisse jamais argumenter son idée.
Quand l’invité (e) décline la question, c’est qu’il ou elle n’a de toute façon rien à dire. Une carence qui frise l’irresponsabilité, au-delà de la violence perpétrée sur les invités. Et on s’étonne que certains se réservent le droit de ne plus vouloir honorer une invitation à une émission audiovisuelle. Qui a envie de «se suicider» dans un studio ou sur un plateau de télévision, convertis en «échafaud sociopolitique ?».

Des médias sénégalais victimes de leurs productions ?
Certains journalistes (formés ou qui ont accidentellement eu accès à un micro ou ont fait face à une caméra) sont victimes d’une tendance d’une opinion à la création de laquelle les médias ont contribué. Symboliquement, l’image renvoie à Petra Laszo, une journaliste d’une télévision hongroise qui, en septembre 2015, a été filmée en train de faire chuter et donner des coups de pied à des migrants fuyant la police.
Rappel des faits. En reportage dans le Sud de la Hongrie, non loin de la frontière avec la Serbie, la journaliste, curieusement, a été surprise en train de faire délibérément des croche-pieds et des donner des coups de pied à des migrants pourchassés par la police. Une journaliste en reportage et qui, pour on ne sait quelle raison, décide de s’en mêler en faisant trébucher à au moins trois reprises des réfugiés en fuite.
De reporter, elle passe donc à une citoyenne partisane de la police, des opposants à l’entrée des migrants dans son pays voire des extrémistes politiques de son pays. Comment a-t-elle pu construire cette «passerelle psychologique». Comment en est-elle arrivée à ce retournement de situation ? Je laisse le choix aux spécialistes de la psychologie d’apporter une réponse à ces interrogations.
Transition ! Au Sénégal, au quotidien, des journalistes s’offrent la peau d’un régime, des partisans du régime et du Président. Qu’il s’appelle Abdou Diouf, Abdoulaye Wade, Macky Sall ou autre. C’est devenu ordinaire. Les attaques systématiques, les injures masquées, les «les voici», les «les voilà» transitent d’un studio à un autre, d’un plateau à un autre. C’est devenu une «marque de pertinence».
Certains sont qualifiés de pertinents alors qu’ils opèrent dans les rédactions pour le compte de leurs chapelles politiques. L’intelligence et la pertinence que certains leur prêtent sont mises à la disposition d’une personne qui, une fois arrivée au pouvoir, devra leur renvoyer l’ascenseur. Qu’ils soient partisans n’est pas un problème. C’est le fait que ces «journalistes» le cachent mal qui vire à l’hypocrisie professionnelle.
Quand j’ai décidé de m’engager en politique, je me suis éloigné des rédactions. Je ne voulais pas me cacher. Parce que pour moi, choisir mon camp publiquement est un acte de courage, une proclamation de ma liberté : assumer mes choix et me dévoiler dans mes positions et mes avis. Sinon, mieux vaut ne pas le faire si c’est pour cacher mon appartenance à telle ou telle entité politique ou autre.

De la réception de l’information
médiatique…au
jour­nalisme de paix
L’exactitude de l’information est relative, selon le récepteur. Si la presse écrite exige un niveau intellectuel des lecteurs pour décrypter le langage écrit et donc l’information, la radio et la télévision diffusent des symboles touchant à la sensibilité. Et selon Marshall Mc Luhan, «la télévision est un média qui ne demande pas une participation très active des téléspectateurs pour accéder au sens du message».
Donc, si la Presse écrite requiert un effort de la part du lecteur pour saisir le message, le son et l’image n’ont pas les mêmes exigences surtout si l’auditeur ou le téléspectateur n’est pas initié au procédé de production de l’information. Le choix de voix éplorées, d’images choquantes, des plans rapprochés, de la mise en scène et la spectacularisation de l’information audiovisuelle vise à créer un sentiment de révolte populaire.

Dévisager la vie des souffre-douleurs, pour quelle suite ?
Les personnes sinistrées ont une dignité. Il convient alors de s’interroger sur l’usage du répertoire émotionnel par certains médias sur ces imprévus émouvants. Quel est le motif recherché ? La diffusion de ces images violentes a pour but d’engendrer ou accentuer des colères qui peuvent déboucher sur des violences. Attitude irresponsable de certains médias dans ces contextes socio-économiques chargés.
Il n’existe pas quatre Sénégal : celui des Saints irréprochables et bons, celui des politiques voleurs et menteurs, celui d’un régime monstrueux et auteur de la misère populaire et enfin celui des journalistes parfaits et invincibles. Faudrait-il le rappeler, les théoriciens, auteurs et promoteurs du concept de «l’ivoirité» ont souffert de la crise en Côte d’Ivoire au même titre que le reste des «Ivoiriens» et «non Ivoiriens».
J’invite à faire le choix d’un «journalisme de paix», avec ses responsabilités morales et ses conséquences heureuses pour tout le monde. Le style allie «90 pour cent de journalisme et 10% de paix», selon Aya Bach. Le choix d’une approche d’écrire, de parler et de montrer qui sursoit au sensationnel et la recherche des grandes ‘Unes‘ qui caractérisent certains acteurs de la plume, du micro et de la caméra.
Nous sommes tous dans une même embarcation appelée Sénégal. Les pêcheurs, le capitaine, les mécanos et les autres usagers avons tous (vitalement) droit à la même stabilité de la barque, gage d’une navigation sûre et d’une arrivée pacifique. Je ne donne pas de leçons. J’invite à une introspection. Nous avons des couteaux à double tranchant. Je propose qu’on tranche des fruits avec et on se les partage. Ça me paraît mieux.
Mamadou Lamine BA
Journaliste, Consultant en Médias et Communication.
ballamine@gmail.com

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