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La terre est devenue un élément de prédilection pour l’ingénieur Doudou Dème. A la tête d’Elementerre, une société spécialisée dans les constructions à base de brique en terre compressée (Btc), il constate de plus en plus d’engouement pour ce mode de construction, écologique et durable. Seulement, l’attrait de ce matériau sera plus important, selon lui, si les pouvoirs publics donnaient l’exemple. «Chacun à son niveau doit faire ce qu’il à faire. Mais à partir du moment où l’Etat construit en terre, les gens se poseront beaucoup moins de questions. Par exemple si les bâtiments publics financés par l’Etat étaient en terre, les hôpitaux, les dispensaires, les salles de classe, les bureaux administratifs, les gens accepteront plus facilement ce mode de construction», confie M. Dème en marge de la cérémonie de présentation du livre édité par le Collège universitaire d’architecture de Dakar (Cuad). Cette opinion est également celle de Annie Jouga. L’architecte estime en effet que l’exemple doit venir des pouvoirs publics. Elle raconte sa propre expérience pour montrer que ceux-ci sont parfois les premiers à penser que la terre est le matériau des pauvres. «J’ai travaillé au ministère de la Santé dans les années 80. Il y avait une directive qui venait de sortir du ministère de l’Urbanisme disant qu’il fallait construire en terre les petites structures, genre postes de santé. J’ai présenté ça au ministre de l’époque, Feu Mamadou Diop. Il m’a dit : « Mais madame, vous n’y pensez pas. Vous pensez que moi, je vais aller voir mes électeurs pour leur dire de construire avec ça !» C’était dans les années 80 et depuis, rien n’a changé. On passe à côté de la réalité et c’est très grave», dénonce-t-elle.
Aujourd’hui, beaucoup sont persuadés que le béton est la plus belle des matières. «Les populations préfèrent construire en béton parce qu’on leur fait croire que ce qui est en béton est forcément plus solide», constate le Pr Kane. Mais pour Mme Jouga, il faut parler de l’existence d’un véritable lobby du ciment. «Il faut dire aussi que le lobby du ciment est un lobby fort. C’est ce lobby qui a tué la briqueterie de construction en terre cuite Graziani dans les années 70», souligne-t-elle avec l’espoir que les jeunes architectes d’aujourd’hui ne seront pas confrontés au même diktat que les générations précédentes ont subi. Elle donne ainsi l’exemple du Burkina Faso où les constructions en terre sont encore très prisées. «Au Burkina, le Président Thomas Sankara a su imposer la construction en terre et a construit des bâtiments d’envergure. Partout dans le monde aujourd’hui, on construit en terre et ce n’est pas une architecture des pauvres. Au contraire, ce sont les riches qui construisent en terre parce qu’ils se sont rendu compte de l’intérêt de la construction en terre. Et nous, nous sommes encore avec nos réticences», regrette Mme Jouga qui a aussi encadré les travaux présentés dans le livre avec ses collègues du Cuad.
Pour les dix ans du Cuad, un livre a été édité. «Matam : Constructions en terre, patrimoine intemporel», a été réalisé sous la supervision des journalistes Baba Diop et Vieux Savané et du plasticien Pascal Traoré. «Ce livre d’art et d’images», comme l’explique le journaliste Baba Diop, propose en 48 pages, l’inventaire des maisons Cubbalo, telles que mises en relief par les travaux d’étude des étudiants du Cuad.
mamewoury@lequotidien.sn

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