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Ingénieur agricole de formation, chef du Dac d’Itato, Waly Diouf  détaille le concept «Navétanes agricoles» et les activités déroulées dans la région de Kédougou.

«C’est vrai que nous avions pris le train en marche au niveau du Domaine agricole communautaire(Dac) d’Itato. Depuis le mois de février dernier, nous avons démarré par une contre-saison chaude. On s’est beaucoup plus appesanti sur la production d’aliments hautement riches en valeur ajoutée comme le piment et le gombo. Cela a permis aux groupements d’entrepreneurs agricoles(Gea) spécialisés dans la production végétale de générer des revenus substantiels pour faire face à leurs besoins quotidiens. On a donc pu tester pour ainsi dire la production maraichère et ses potentialités. Parce qu’il faut rappeler que même sur les statistiques au niveau de l’agriculture, ils ont des difficultés pour sortir l’évolution du maraichage dans la région de Kédougou.
Cela veut dire tout simplement que le maraîchage est presque inexistant dans cette région. Au moment ou la région est ceinturée par le fleuve Gambie. Une pluviométrie abondante qui permet de stocker les eaux pluviales et de les réutiliser dans le maraîchage. Nous avons constaté avec stupéfaction que cette zone est alimentée en produits maraîchers par la capitale Dakar. Cette année grâce, au programme des domaines agricoles communautaires l’inverse s’est produit avec la production de piment. Le marché local a été inondé de piment produit dans le Dac d’Itato. Cette production a même permis de ravitailler d’autres zones de l’intérieur du pays. Si nous continuons sur cette lancée, on va satisfaire les besoins des populations en termes de légumes frais et de produits maraîchers.
Sur un hectare de test de production de piment, le rendement a été de 7 millions F Cfa. Avec ce résultat enregistré et la motivation des Gea, nous allons passer cette année à l’échelle sur 10 hectares pour révolutionner le secteur du maraîchage. On entend par ce passage à l’échelle engendrer des productions record dans ce domaine. Après la contre-saison chaude comme d’habitude, on s’est lancé dans la production hivernale. A cet effet, le Prodac a appuyé 67 groupements d’entrepreneurs agricoles dans la région. Ces derniers sont localisés dans les départements de Kédougou et Salémata. Au niveau du Dac d’Itato 304 hectares ont été emblavés sur les 1000 hectares mis à la disposition du Dac par la commune de Bandafassi. Il y a eu un progrès net cette année.
Cela nous a permis de créer au total 1300 emplois saisonniers. Et dans le domaine du maraîchage aussi, on est en train de tout faire pour que les jeunes puissent rester et s’investir dans ce créneau porteur. Pour les mettre à l’abri des méfaits des sites d’orpaillage traditionnels. En plus de cela, nous sommes en train de régler progressivement le problème de la commercialisation des productions de maïs et de riz. Toutes ces productions ont trouvé acquéreur. On attend juste que les récoltes soient finalisées et que les Gea prestataires de services finissent les transformations primaires pour démarrer les ventes. Je précise également que pour aider les producteurs et alléger leur travail on a mis à la disposition des Gea prestataires de services des batteuses et des égraineuses. En termes de rendement pour le maïs on s’attend à une production de 580 tonnes et à 130 t pour ce qui est du riz.

Manque de statistiques
Il faut dire que toutes les conditions sont réunies à Kédougou pour développer le maraîchage et régler la question de la cherté des produits au niveau du marché. Nous avons des terres fertiles. Nous avons un fleuve qui ceinture Kédougou. Ce qui reste, ce sont les moyens pour mobiliser l’eau et la mettre à la disposition du maraîchage.
A ce propos, aussi il faut dire qu’on a encore innové cette année. Car nous sommes dans un domaine communautaire. Cependant, ce qu’il faut comprendre c’est qu’au niveau du Dac  d’Itato, c’est seulement deux éléments qui sont communautaires. C’est l’eau et la terre. Sinon tout est business dans le domaine. Parce-que par rapport à la mobilisation et la distribution de l’eau si je peux me prononcer ainsi, nous avons intégré dans ledit domaine des immigrés. Qui sont non seulement revenus à Kédougou, mais ont décidé de s’activer dans le domaine du maraîchage au niveau du domaine agricole communautaire. Et vous allez me permettre de citer de nom parce-que c’est très important et c’est un modèle à suivre.
C’est le cas de l’immigré Karim Camara qui est aujourd’hui un spécialiste dans le domaine de l’irrigation de l’eau. Il a créé un GEA d’irrigation qui a signé un contrat de prestation de services avec les Gea  de productions végétales à Itato. Cela lui permet de faire son travail conformément au calendrier préétabli en commun accord avec le Gea de production. Après la production, ce dernier le paie intégralement la somme due. Nous avons mis en place cette méthode pour professionnaliser chacun dans son domaine ou secteur d’activité. C’est dire qu’avec ce modèle innovateur dans un hectare on peut faire travailler trois groupements d’entrepreneurs agricoles composé chacun de 15 membres. Il s’agit des GEA de production, d’irrigation et de traitement phytosanitaire. C’est dire tout simplement que c’est possible.

Insertion des détenus
Le Prodac a signé une convention avec le Mac de Kédougou. Dans cette dernière, il est convenu de donner la chance aux détenus sénégalais de s’activer dans des domaines sains comme l’agriculture. Aujourd’hui, ces derniers travaillent dans la pisciculture et dans le maraîchage au niveau du Dac d’Itato. C’est d’autant plus important parce que ce sont des jeunes détenus pour l’essentiel qui ont eu la malchance d’être dans cette situation.
La finalité est de permettre à ces jeunes d’avoir des ressources financières pour reprendre le chemin de leur vie quant ils recouvriront la liberté. Cela va sans aucun doute faciliter leur réintégration au sein de la société et éviter d’être victime de discriminations. Et tout en étant en prison, ils vont être utiles à leur pays. Ils ont même la possibilité de rester travailler au niveau du Dac s’ils le désirent une fois avoir fini de purger leurs peines.

Chômage des jeunes
Le Conseil régional de la jeunesse de Kédougou est venu nous voir avec une proposition. Elle vise à organiser des compétitions agricoles des Asc de la région de  Kédougou. Nous avons trouvé le concept assez innovant et pertinent. Malgré les potentialités agricoles, les jeunes de Kédougou tardent toujours à enfourcher le cheval de l’agriculture. Ils se ruent vers l’orpaillage, des activités moins porteuses que l’agriculture. A la limite, ils restent chez eux sans rien faire. Par conséquent, l’idée d’organiser des navétanes agricoles permet de retrouver les jeunes dans le domaine qu’ils aiment le plus : le sport. Mais, à coté des activités sportives, leur Asc sera une Unité autonome d’exploitation(Uae). Chaque structure aura sa parcelle. Ils seront accompagnés par le Prodac en termes de formation, d’intrants et d’équipement pour pouvoir produire dés la campagne prochaine.
Les Asc, qui auront montré plus de sérieux, plus d’engagement, de volonté, qui ont un bon rendement et beaucoup plus de revenus seront récompensés à la hauteur de leur mérite. Et avec le ministère des Sports à travers des Odcav et Orcav, on va travailler en étroite collaboration pour mieux peaufiner et partager ce que nous allons faire. Nous allons inciter les jeunes à s’intéresser davantage à l’agriculture et asseoir leur propre autonomisation. Mais aussi cela va permettre de solutionner le problème de financement des Asc qui se pose avec acuité. Car avec cette approche l’Asc aura des rentrées d’argent mais pourra s’autofinancer.

Activités hors Dac
Le Dac est concentré dans la commune de Bandafassi. Lors­qu’on a démarré les activités à Itato, les populations ont vu les résultats. Depuis lors chaque commune veut avoir un Dac. Les moyens étant limités. Au vu des demandes fortes et persistantes, on a décidé d’organiser des activités hors Dac. En accompagnant les populations jeunes de Salé­mata, Oubadji, Kévoye, Dakatély etc. pour qu’ils puissent s’activer dans leur propre périmètre.
A Salémata, plus de 80  ha de riz ont été emblavés. Cela a permis aux jeunes, hommes et femmes de s’activer dans la production rizicole. Le Prodac a mis à leur disposition un tracteur pour les labours et une batteuse pour la récolte. L’expérience a été une réussite. On a noté l’engagement et l’adhésion des populations pour régler la question de l’autosuffisance en riz et permettre à Salémata de nourrir Salémata. Mieux, l’Etat, à travers le ministère de la Jeunesse, a promis un Da tout comme celui d’Itato à Salé­mata et Saraya. Avec l’appui du Fonds minier, cela va se réaliser.

Divagation des animaux
C’est ce qu’on a compris très tôt. Et on a anticipé sur la situation en dotant les populations d’Eganga d’une batteuse à riz. Souvent si la divagation des animaux persistent, c’est parce que des tas de récoles sont stockés par terre dans les champs. Ce sont les vaches qui viennent manger toutes les productions. Aujourd’hui, les populations ont à leur disposition une batteuse d’une capacité d’une tonne par jour pour sécuriser leur production.»

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