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Leur détermination à faire face à la tentative de spoliation dont elles sont victimes a pris le dessus sur la faim et la soif. Par centaines, les populations de Yène sont sorties pour une marche de protestation. Après la première alerte à la mi-avril autour d’une Assemblée générale dans l’enceinte de la mairie, Yène a haussé le ton. De la place publique de Nianghal au site objet de leur colère, hommes, femmes, vieux et jeunes, en brassards et foulards rouges, ont bravé le soleil de plomb sur plus d’un km pour se faire entendre. «Nos terres – Nos vies», «Non à l’accaparement de nos terres», ont scandé les manifestants tout au long de la marche sous forte escorte de la gendarmerie. Des promoteurs privés ont bénéficié de baux sur le site d’extension destiné à recevoir une population qui s’agrandit de manière exponentielle. «Le Président n’a attribué à personne des terres ici. Tout cela est un complot fait sur le dos de notre commune et Yène ne se laissera pas faire», a prévenu Babacar Faye. «Nous sommes prêts à aller jusqu’au bout dans ce combat. Pour rien nous ne céderons nos terres», a-t-il poursuivi. Le combat n’est pas celui de Yène, c’est le combat de toute une communauté. Cheikh Djiby Samb, venu prendre part à la rencontre, engage la collectivité léboue. «Comment comprendre qu’on attribue 60 hectares à une personne et 80 ha à une autre. De Ngor au Fouta, on est en train de déstabiliser cette Nation. Nous avons bâti une Nation soudée, mais le danger est là parce que des fonctionnaires véreux et insouciants de l’équilibre, de la stabilité de ce pays s’assoient entre quatre murs pour se permettre des excès aux conséquences insidieuses (…) Aujourd’hui, l’alerte est au rouge et le danger est permanent. Nous sommes derrière vous pour le rétablissement de l’équilibre au profit de la communauté léboue», s’est ainsi désolé M. Samb qui a dit parler au nom du grand Serigne Abdoulaye Makhtar Diop. «L’objet de la marche, c’est de lutter contre l’accaparement des terres par des promoteurs privés», a dit Ousseynou Thiam, conseiller municipal ayant participé à la marche. «Tout ce que nous voulons, c’est qu’on nous laisse nos terres qui sont réservées pour l’extension de la commune. Si ces terres sont attribuées à des tiers ou à des coopératives, que ces derniers sachent qu’ils n’auront rien et que personne d’eux ne s’aventure à poser le pied ici», a tonné avec force M. Thiam sous l’approbation de la foule qui ne s’est point abstenue en attaques contre des «fonctionnaires véreux et sans vergogne» à l’origine de la situation actuelle. Outre la restitution de ces centaines d’hectares attribués à des promoteurs privés, les habitants appellent à la dé-classification de la forêt de Sébikotane et son affectation à la commune de Yène ainsi que la suppression du pôle de Yène et des 764 ha inclus dans le pôle de Daga Kholpa.
abndiaye@lequotidien.sn

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