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A Yoff, les opérations de déguerpissement sur la voie publique ont démarré hier dans une vive polémique. Pour le maire Abdoulaye Diouf Sarr, il n’est pas question que Yoff soit une «commune clochardisée».

Il n’y avait ni le sous-préfet des Almadies, ni des Forces de défense et de sécurité encore moins un membre du Bureau municipal… Pourtant à Yoff, des gros bras de la mairie, habillés en gilets verts, ont réduit en gravats ou en ruines bon nombre d’installations sur la voie publique. Yeux rougis dans un visage émacié portant les traits d’années de labeur, Assane perce le ciel du regard. Il est à la recherche d’une odyssée rassurante, après sa désillusion du jour. Ces agents de la sécurité de la mairie de Yoff ont demandé à ce vendeur de chaussures de plier bagages. Sans sommation. Ce vendeur, père de 3 enfants, se désole de la méthode. «On ne m’a confié aucune lettre de sommation. Ils sont venus et ont détruit mon atelier», pleurniche le ressortissant guinéen.
En face de lui, Baba Diallo, teint clair, assiste impuissant à la destruction de son mini fast-food en bois installé sur la voie publique. Juste quelques morceaux de bois décorent ce lieu de commerce très fréquenté par les noctambules du quartier. «La mairie fait du n’importe quoi. En ces temps où le coronavirus dicte sa loi aux pères de famille, détruire nos lieux de travail est le summum de la lâcheté», chiale, mort dans l’âme, ce quadra.
Une vue lointaine montre que les opérations de déguerpissement ne concernent qu’une petite partie de la voie de Dagoudane. Au niveau du marché central de Yoff, véhicules et marchands ambulants occupent les trottoirs, au grand dam des piétons obligés de marcher à même la route. Ils ne sont ni inquiétés encore moins sommés de quitter les lieux. «Ces agents de la mairie ne déguerpissent que les Guinéens et ceux qui n’ont pas de parents dans le quartier. Il y a plusieurs installations anarchiques, mais ils ne choisissent que ceux qui n’ont aucun moyen de défense», signale Mountaga, chauffeur qui fait la ligne Yoff-Parcelles Assainies.

Diouf Sarr : «Il ne faut pas clochardiser nos communes»
Les opérations reprennent aujourd’hui samedi 26 septembre 2020. Les menuisiers et frigoristes installés dans l’ancien centre social de Yoff ne comptent pas bouger malgré les avertissements des agents de la mairie. «Je suis sur un terrain d’autrui. C’est le propriétaire qui nous a permis d’être là. On est pas sur la voie publique», avertit Babacar Guèye, mine inquiète.
Du côté de la mairie, Abdoulaye Diouf Sarr annonce un programme de nettoyage de la voie publique à Yoff. Le maire appelle d’ailleurs les populations à le soutenir dans le cadre de la sensibilisation. «Il ne faut pas clochardiser nos communes. Si chacun installe sa table partout sur la voie publique, on abandonne nos objets sur la voie publique et que cela devient une épave, ces mécaniciens qui étendent leurs lieux de travail sur la voie publique, etc., à la fin, c’est le maire qui est critiqué. Pourtant, ce sont ces populations qui critiquent le maire qui posent ces actes anti-citoyens. Si mes équipes détruisent certaines places, on est dans une logique de bien faire», a déclaré l’édile, par ailleurs ministre de la Santé et de l’action sociale. L’opération de déguerpissement va durer 6 mois.

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