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Zahra Iyane Thiam «ouvre» le fichier électoral pour répondre aux accusations de l’opposition. Membre du Secrétariat exécutif national de l’Apr, elle estime que le Frn ne doit s’en prendre qu’à lui-même pour avoir refusé de participer aux concertations sur le processus électoral. La ministre conseillère auprès du chef de l’Etat est par ailleurs revenue sur le cas Karim Wade qui, à ses yeux, a fait son choix, celui de quitter le Sénégal.

N’est-ce pas inquiétant pour votre camp que des risques de famine soient annoncés dans le Nord du Sénégal à quelques mois de la Présidentielle 2019 ?
Il y a plusieurs choses, le commissaire à la Sécurité alimentaire, Jean Pierre Senghor, parle de «risques». Un risque ne veut pas dire un fait. Et c’est heureux que le diagnostic ait été fait pour apporter des éléments préventifs à cela. Si nous parlons de la santé, économique, nous pouvons analyser ces faits que sur des données économiques. En 2011, nous avions un taux de croissance de 1,7% alors qu’aujourd’hui, en 2018, nous sommes à 7,2%. Cette augmentation est créée par la richesse qui provient du secteur agricole, des services et de l’artisanat. Cela veut dire qu’il y a une plus-value financière que l’Etat a pu générer grâce à la rationalisation de son train de vie, mais également à cette confiance que lui vouent les autres pays. Surtout des partenaires qui s’engagent avec l’Etat à mettre en œuvre les projets et programmes qui impactent le vécu des Sénégalais. Il y a, entre autres, les bourses de sécurité familiale, la Couverture maladie universelle (Cmu), la baisse de l’impôt et de fait une augmentation sur les salaires qui ont aussi une incidence sur le panier de la ménagère. Je parle des prix des hydrocarbures, de l’électricité, etc. Nous ne pouvons, sur la base d’arguments fallacieux de l’opposition, dire que la santé économique ne se ressent pas au niveau des populations.

Peut-on parler de bonne santé financière au moment où l’on avance que le Sénégal est surendetté et sous tension financière ?
Nous avons trouvé le pays, en 2012, dans une situation où la dette était même excessive et servait plus au fonctionnement qu’à l’investissement. Aujourd’hui, le service de la dette est stabilisé au niveau inférieur parce que l’Uemoa le tolère, mais nous avons inversé la tendance de la dette qui est dorénavant une dette d’investissement dans des infrastructures et, ainsi, ramener le Sénégal vers des normes et des standards acceptables qui permettent de relever les défis parce que nous sommes dans un monde où, si on ne se met pas à niveau, on risque d’être relégué au second plan. Il y a plusieurs chefs d’Etat qui font du Sénégal un passage obligé pour discuter de questions essentielles. D’aucuns voudraient dire que le Sénégal est dans une certaine tension financière, si c’est une dette rentabilisée, c’est un investissement d’un point de vue utile.

Que répondez-vous à l’opposition qui vous accuse de manquer de transparence dans la gestion du fichier électoral mis en ligne depuis quelques jours ?
L’opposition n’a qu’à s’en prendre à elle-même ou à sa mauvaise stratégie. Une opposition doit aussi servir les intérêts des populations. Malheureusement, celle que nous avons aujourd’hui sert ses propres intérêts. Après les Législatives 2017, nous avons entendu l’opposition crier sur tous les toits pour dire que les élections ne s’étaient pas passées selon les normes démocratiques. Elle a été invitée à discuter de toutes les questions-là. Malheureusement, elle a refusé cet appel au dialogue du parti au pouvoir et s’évertue plutôt à rattraper le temps passé. Cela n’a pas empêché l’Etat d’aller vers l’audit du fichier électoral pour rassurer l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus électoral. C’est à la suite de ces concertations qu’une frange de l’opposition a toujours boycottée que des experts internationaux ont audité le fichier électoral et un Comité de suivi a été mis en place. Ce comité se réunit hebdomadairement autour des différents acteurs que sont la majorité, l’opposition, les non-alignés, l’Administration, la société civile pour suivre le contenu du fichier dont les auditeurs ont dit qu’il était fiable à 98%.
Mamadou Diop Decroix reproche au pouvoir d’avoir violé l’article L48 du Code électoral qui permet aux partis politiques d’avoir un droit de contrôle et de regard sur le fichier électoral…
L’accès au fichier électoral tel que stipulé par l’article 11, 7e tiret, dit en substance qu’on ne peut avoir le fichier qu’une fois que l’arrêté faisant état de la carte électorale est publié. Cet arrêté doit être pris à au moins quinze jours de la disponibilité de la carte électorale. Nous sommes dans une période électorale et seul le Code électoral définit les règles qui doivent prévaloir dans ce contexte-là. Et l’article 11 est parfaitement clair dans ce sens. Déjà les partis sont au début et à la fin de tout le processus électoral, car à chaque niveau, que cela soit pour les discussions autour de la carte électorale ou pour les commissions électorales, administratives, dans les périodes d’inscription, de révision, les partis politiques sont individuellement représentés. Nous ne violons pas l’article 48 du Code électoral. L’article 11 indique clairement qui sont les ayants droit et à quel moment ils doivent disposer du fichier. Au Sénégal, le processus électoral a toujours fait l’objet de discussions. Les conditions d’une élection transparente ont toujours existé au Sénégal. Il y a certaines dispositions qui sont bien identifiées au niveau de la Constitution, notamment l’article 29. Les autres lois ont leurs déclinaisons au niveau du Code électoral. Lors des Législatives, il y avait 47 listes en compétition. Pouvons-nous nous permettre cela avec tous les inconvénients que cela avait créés ? Il a fallu que la Cena fasse une proposition pour que les électeurs prennent au moins cinq bulletins. Avec une élection majeure comme la Présidentielle, peut-on permettre des légèretés ? L’Etat, étant le garant de la bonne organisation des élections, a jugé nécessaire de mettre les conditions qu’il faut pour assurer la démocratie et la transparence.

Le président de la République semble menacer de jeter Karim en prison s’il revient au Sénégal sans s’acquitter de l’amende vis-à-vis de l’Etat dans le cadre de son emprisonnement relatif aux biens supposés mal acquis…
Le président de la République n’a pas pour vocation de menacer quiconque. Par contre, il a vocation de faire respecter les lois et règlements de ce pays. Et réaffirmer ce que la loi dit relève de ses prérogatives, que ce soit Karim ou une autre personne qui a maille à partir avec la justice. Karim a fait un choix, il n’a qu’à le respecter.

Quel est ce choix ?
Je suppose qu’il a fait le choix de partir parce qu’il n’est pas resté au Sénégal.

Le président de la République l’aurait poussé à s’exiler au Qatar…
Où est la preuve de ce que vous avancez ? Si c’est l’Etat qui l’a obligé à partir, pourquoi dirait-il qu’il va revenir ? Nous avons entendu qu’il va revenir. Il le clame ces jours-ci. Nous avons vu ses partisans vouloir faire de lui leur candidat. C’est donc un choix librement fait que d’être parti. Sa candidature ne pourra plus être validée, dès lors que pour être candidat il faut être électeur, comme le stipule l’article 57. Son inscription n’a pas été validée sur la base de ce que le Code électoral en dit. Il avait la possibilité d’aller en période contentieuse lorsqu’il n’a pas vu son nom à l’issue de l’affichage provisoire, mais il ne l’a pas fait.

Que diriez-vous d’une commission d’enquête pour élucider la gestion du pétrole et du gaz jugée nébuleuse par l’opposition ?
C’est un faux débat. Le Sénégal a eu la chance de découvrir de nouvelles ressources pétrolières et gazières. Lesquelles impliquent de gros investissements. Le président de la République a eu l’humilité d’appeler à des concertations nationales sur l’orientation qu’il veut donner à cette exploitation, mais cette frange de l’opposition n’a pas voulu répondre. Et c’est la même chose avec le fer. Comment peut-on demander à l’Etat de ne pas exercer ses pouvoirs ? C’est dire que l’opposition n’est pas républicaine. Les lois et règlements nous permettent d’exercer dans la légalité nos prérogatives. Vous avez vu la démarche de Me Mame Adama Guèye – je l’aime bien – mais il sait qu’il ne peut pas avoir 0,8% du Peuple et il prétend parler pour le Peuple. Idrissa Seck, qui dit qu’il est là pour l’intérêt du Peuple, trouve des subterfuges, à chaque veille d’élection, pour arnaquer le Peuple sénégalais. Déjà en 2007, lors des Législatives, il avait effectué une campagne de levée de fonds pour ceux qui voulaient être députés. Aujourd’hui, en 2018, il propose une autre campagne de levée de fonds. Que chacun fasse ce qu’il à faire et qu’on laisse le Peuple juger !

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