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La disponibilité des réactifs est un véritable défi dans la prise en charge des personnes vivant avec le Vih/Sida. A Ziguinchor, Sédhiou ou encore Kolda, des ruptures fréquentes de réactifs sont notées. Cette situation freine les multiples efforts des acteurs dans la lutte. Aussi cet obstacle risque de porter un coup dur à l’atteinte de l’objectif des trois 90, c’est-à-dire maintenir les Pvvih dans le suivi médical et de faire en sorte que leur charge virale soit indétectable.
De manière générale, la prise en charge des Personnes vivant avec le Vih (Pvvih) est assez correcte dans les régions de Ziguinchor et de Sédhiou. A Ziguinchor, dans le Pavillon de traitement ambulatoire (Pta) du District sanitaire de Ziguinchor, 1393 positifs inscrits depuis le début de la prise en charge en 2012. Aujourd’hui, informe Jacques François Sam­bou, assistant social et gestionnaire de données au Pta, certains sont morts alors que d’autres sont déclarés perdus de vue parce qu’ils ne viennent plus faire le suivi médical. Du coup, la structure s’est retrouvée à la date d’aujourd’hui avec une file active de 994 patients.

300 prélèvements perdus à Ziguinchor
Le suivi médical de ces patients se heurte souvent aux récurrents problèmes de rupture de réactifs. Le District sanitaire de Ziguinchor n’a pas fait de charge virale durant toute l’année 2016 faute de réactifs. «300 prélèvements avaient été acheminés à l’hôpital de la Paix de Ziguinchor pour mesurer les charges virales. Ces prélèvements ont tellement duré faute de réactifs qu’ils ont été perdus», révèle Jacques François Sambou. Or, relève l’assistant social, «pour faire adhérer les patients au traitement, on leur dit souvent que la prise régulière d’Arv au bout de 6 mois, élimine la charge virale de l’organisme. Ce résultat de la charge virale, on peut l’avoir que si le patient fait ses prélèvements et obtient les résultats à temps». Jacques François Sambou indique que la non-disponibilité de la charge virale fait perdre à l’équipe de prise en charge psycho-sociale sa crédibilité. A ce propos, M. Sambou fait savoir qu’il a enregistré 4 refus de prélèvements. «Certaines Pvvih disent qu’elles n’ont pas encore reçu leurs charges virales et ne voient pas l’utilité d’en faire encore», témoigne le gestionnaire de données.
Sédhiou n’est pas épargnée. Durant toute l’année 2016, la région n’a pas effectué de charge virale. Pourtant, la zone dispose d’un nouvel appareil, mais il se pose un problème de disponibilité de réactifs. «A un moment donné, on acheminait les charges virales sur Kolda et Ziguinchor mais c’est deux régions étaient également en rupture depuis 6 mois. Elles viennent juste d’en avoir», soutient Abdel Kader Dièye, con­seiller Sida à Sédhiou du Conseil national de lutte contre le Sida. Les services de la région médicale de Sédhiou ont dû se rabattre sur Dakar et Tamba­counda mais, de l’avis M. Dièye, le problème avec ces localités c’est que les résultats ne viennent pas à temps. «Il faut un certain temps pour que la personne puisse connaitre la mesure de sa charge virale et cela n’est pas souhaitable», soutient-il.
Aïssatou Mballo est une jeune maman de 35 ans, elle vit avec le Vih. Elle ne connait pas pour l’instant sa charge. Depuis 2016, elle ignore la mesure de sa charge virale. «Mon médecin-traitant m’a fait faire des analyses. Je suis allée au labo, on m’a dit qu’il n’y a avait pas de réactifs. Depuis lors, je respecte mes rendez-vous et je prends mes Arv», s’est-elle résignée. Une situation assez difficile puisque sur la cohorte de patients suivis à la région médicale, seuls 2% des patients ont une charge virale indétectable.
Ces ruptures fréquentes re­mettent en cause le 3ème objectif des trois 90, c’est-à-dire le maintien des Pvvih sous traitement Arv jusqu’à ce que la charge virale soit indétectable. Les patients, qui adhèrent au traitement des antirétroviraux, ont besoin de connaitre leurs charges virales. Cela les motive davantage à suivre les traitements. «Si au bout de quelques moments, ils n’obtiennent pas leur résultat, ils peuvent se décourager et même arrêter le traitement. Ce qui serait un risque pour la réponse», selon Jacques François Sambou. Mais fort heureusement, à Ziguinchor, les réactifs sont à nouveau disponibles. Et l’équipe du Pta commence à se rattraper. Jacques François Sam­bou a reçu la semaine dernière, quelques résultats de prélèvements qu’il n’a pas encore dépouillés.

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