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Le débat a été âpre hier entre acteurs de la société civile sur la gouvernance des industries extractives et des finances publiques contre la pauvreté et les inégalités au Sénégal. Pour beaucoup d’entre les panélistes de l’atelier organisé par Oxfam, la pauvreté n’a pas reculé dans les zones d’exploitation minière. «Nous sommes malheureux de constater que malgré la législation qui a été corrigée à travers le nouveau Code minier, malgré les efforts consentis par l’Etat, on ne voit pas un réel recul de la pauvreté», s’est désolé Abdoura­hmane Sow. Le coordonnateur du Citoyen actif pour la justice sociale (Cajust) se base sur des chiffres, mais aussi grâce à des immersions dans les zones minières. «Sur place, on se rend compte que les populations vivent réellement la précarité. En milieu rural, 3 personnes sur 4 vivent dans la pauvreté, malgré la manne financière générée par ces compagnies. Alors qu’en zone urbaine, il y a un pauvre sur quatre habitants», a-t-il fait remarquer. Evoquant les rapports 2016, M. Sow affirme que 682 milliards de francs Cfa ont été générés en chiffre d’affaires, alors que «l’Etat n’a pu bénéficier que pour 82 milliards». «Il y a des dispositions réglementaires qui agrémentent les Fonds d’appui au développement et les Fonds de péréquation au niveau des localités impactées, mais il n’y a aucune traçabilité de l’usage réel de ces ressources-là», regrette le coordonnateur du Cajust, alors qu’au même moment, des compagnies mettent en façade des réalisations qui sont pour lui de la charité à l’endroit des populations qui sont dans la nécessité et qui ont des droits sur les retombées que peuvent générer l’exploitation au niveau de leur localité.
Par ailleurs, Ndongo Diaw va douter de la véracité et de la qualité des informations financières que produisent les multinationales. «L’information est-elle vraie, comment faire le contrôle de la production des multinationales», s’est interrogé le représentant de l’Ong 3D.
Pour réduire la pauvreté dans les zones impactées par l’exploitation minière, Aïda Diop Ndiaye de Women in mining propose plus de présence de femmes dans les instances de décision et au-delà la budgétisation sensible au genre pour prendre en charge toutes les couches de la population en milieu rural.
Dans cette même perspective de corriger les inégalités sociales et de faire bénéficier les autochtones, le Comité sénégalais des droits de l’Homme a, quant à lui, initié un projet de création de deux logiciels pour le dépôt et le traitement anonyme des plaintes relatives à l’exploitation minière, d’après Me Pape Sène.
Pour lui, les défis relatifs à la bonne gouvernance sont encore nombreux. «En effet, il est ressorti des dernières analyses sur le secteur des ressources minérales en Afrique qu’il existe un écart important au regard des lois et pratiques sur le terrain. Les innovations majeures portées par les différents textes trouvent une application souvent laborieuse et difficile», a souligné le président du Csdh. Il estime que cet état de fait peut se vérifier au Sénégal, où les mécanismes destinés à enrayer les inégalités peinent à être opérationnalisés, notamment le Fonds de développement local et le Fonds de péréquation et d’appui qui sont toujours en attente d’opérationnalisation.
Pour que la gouvernance des ressources minérales soit au service des plus pauvres, l’avocat propose de traduire les normes dégagées dans les différends en actions au service des plus démunis.
ksonko@lequotidien.sn

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