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«Boxing Libreville», le documentaire du Gabonais Amédée Pacôme Nkoulou suit la vie d’un boxeur qui s’entraîne le jour et travaille comme videur la nuit. C’est à travers ce personnage que le jeune réalisateur gabonais raconte l’histoire politique de son pays marquée par la rivalité entre le Président Ali Bongo et l’opposant Jean Ping dans un contexte économique et social très difficile. Le film est en compétition dans la catégorie Long métrage documentaire au Festival du film africain de Louxor.

On est en 2016. Le Gabon, comme tous les pays exportateurs de pétrole, vit des moments difficiles sur le plan économique avec la baisse des prix du baril. Après un premier mandat, le Président Ali Bongo aspire à un second septennat. Face à lui, des ténors de l’opposition gabonaise comme Jean Ping, l’ancien Secrétaire général de l’Union africaine. Dans la ville de Libreville, la campagne électorale bat son plein. Mais Christ Olsen Mikala, boxeur, vit loin de tout cela. Le jour, il s’entraîne sur le ring dans l’espoir d’améliorer ses conditions de vie et la nuit, il enfile ses habits de videur dans une boîte de nuit. Le film de Amédée Pacôme Nkoulou Boxing Libreville fait un lien improbable entre la vie du boxeur et la lutte fratricide que se sont livrée Ali Bongo Ondimba et ses adversaires politiques pour diriger le pays.
Le film, qui est en compétition dans la catégorie Long métrage documentaire au Festival du Film africain de Louxor, évoque un lien très complexe. «Ce que j’avais envie de raconter, c’est d’une part l’histoire de mon pays qui est très liée aux hommes politiques de ce pays et d’autre part, j’avais aussi très envie de raconter cette jeunesse qui veut s’exprimer, qui a ses idées et je me demandais comment connecter ces deux mondes-là.» Cette interrogation qui pousse le réalisateur à faire ce lien improbable entre deux univers qui, de prime abord, n’ont rien de commun, donne au film toute son originalité. «J’ai trouvé que la boxe est quelque chose de puissant, cinématographiquement parlant d’abord et qu’elle pouvait être cet outil qui représente la politique d’une part et le contexte social d’une autre», explique M. Nkoulou au sortir de la projection au Conférence Hall de Louxor.
Dans Boxing Libreville, le personnage principal vit dans une sorte de bulle. Entre sa relation amoureuse, ses entraînements et son travail de videur, il se bat pour sa survie à l’image de l’immense majorité de la population. Les meetings du parti au pouvoir où on distribue tee-shirts, boissons et sandwichs sont des moments éphémères. «Je ne voulais pas montrer des scènes politiques. L’idée du film, c’était d’avoir une présence politique dans le film comme une forme de main noire qui a une emprise sur la société. Et j’avais envie de montrer la vie de la société à travers ce boxeur, à travers sa femme et sa maman. Une société qui est fortement accaparée par la politique», souligne Amedée Pacôme Nkoulou. En effet, dans tout le film, le réalisateur prend de la distance vis-à-vis du champ politique. Et seul le hors champ sonore permet de vivre ces moments de campagnes électorales durant lesquelles la propagande à l’œuvre vante les réalisations économiques du Président. Pourtant, dans sa vie de tous les jours, la débrouillardise est de mise. «On voit qu’il n’y a pas d’eau. Le boxeur, quand il termine son entraînement, il est obligé de faire plusieurs kilomètres pour prendre une douche et sa vie ne correspond pas à ce que disent ces politiques.»
Dans une prise de position sans contraste, le réalisateur fait souvent corps avec le boxeur. «Je raconte l’histoire du point de vue de la jeunesse. J’observe les choses et j’ai mon point de vue par rapport à tout ça. La politique n’est pas le sujet du film en réalité.» Quand surviennent des violences après la publication des résultats qui mettent le Président sortant à une coudée de son rival Jean Ping, là encore, le réalisateur reprend de la distance et ne s’attarde guère sur les violences qui suivront cet épisode.

Une suite qui se dessine
Boxing Libreville, qui a reçu un accueil très enthousiaste, a déjà été plébiscité dans d’autres festivals. Pour le réalisateur, une suite s’impose. «J’ai rencontré un jeune étudiant en dessin qui a décidé de raconter l’histoire des victimes des évènements de 2016 en bande dessinée. J’ai décidé de le suivre pour comprendre réellement ce qui s’est passé. On nous montre des choses, mais on n’entend pas ceux qui ont vécu ces choses-là. Qui ils sont, ce qu’ils sont devenus et comment ils se reconstruisent aujourd’hui», explique-t-il.
mamewoury@lequotidien.sn

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