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Enseignant-chercheur en sciences de la communication au Cesti, Dr Sahite Gaye relève un «talonnement» flagrant dans la gestion de la crise liée au Covid-19. L’expert en communication de crise suggère au président de la République des «mesures fortes» pour reprendre la main. Comme se séparer de certains ministres par exemple.

Comment analysez-vous les actions du gouvernement après le report de la reprise des cours ?
On assiste à une crise de la gestion de la crise. Elle est le fruit de l’accumulation de plusieurs erreurs et fautes. Les ministres envoyés sur le front n’ont pas su relever le défi. Ils ont été dépassés, tétanisés et avec des dérapages dans l’exercice de leurs fonctions. Diouf Sarr ne rassure plus la population. Aly Ngouille, avec ses nombreux arrêtés et communiqués confus, a rendu floue la situation pour la population. Le ministre des Transports idem. Et le comble, c’est cette cacophonie liée à la reprise des cours avec le ministre de l’Education, sans oublier la question de l’aide à la presse avec le ministre de la Culture. Le gouvernement a montré ses limites par rapport à la gestion du coronavirus. Le discours du Président du 11 mai a sonné le divorce et l’éclatement du consensus autour du Covid-19. Sa décision a manqué de cohérence et il n’a pas pris le temps d’expliquer aux Sénégalais pourquoi ce choix. Contrairement à son premier discours, les Sénégalais n’ont pas eu une bonne perception des raisons avancées.
Quelles seront les conséquences de ces fautes du Président et de ses ministres ?
Il y a un discrédit des institutions de l’Etat, une fragilisation davantage de la parole publique, sans oublier un relâchement et une possibilité d’augmentation des manifestions par rapport aux mesures restrictives liées au coronavirus. Tout pilotage à vue fragilise les actions et rend la compréhension impossible. On est passé d’une gestion de crise à une crise de la gestion du coronavirus. Ils ont manqué de produire des perspectives qui permettent aux Sénégalais de produire du sens. Il y a un tâtonnement flagrant. Dans cette démarche, le résultat de chaque action qui n’est pas conforme aux conditions est rejeté. Cette approche est utilisée par les novices en résolution de problèmes. Elle exige beaucoup de temps et d’énergie. Et à la longue, ça lasse, fatigue et pousse au rejet.
Macky Sall peut-il inverser la tendance ?
Il lui faut des mesures très fortes et sans politisation pour espérer renverser la tendance, en n’oubliant pas que les deux mamelles de la gestion d’une crise sont l’humilité dans la transparence et la pédagogie dans l’action. Dégommer et sanctionner certains responsables permettrait d’avoir un peu de répit, mais pas d’effacer les bévues. En guise d’exemple, pourquoi pas se séparer de certains ministres et redistribuer les responsabilités à d’autres plus consensuels ? Les mesures doivent être à la hauteur des aberrations commises au bon moment aussi.

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