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Après «On a le temps pour nous» de Katy Léna Ndiaye qui a été le premier film sénégalais à entrer dans la compétition du Fespaco hier, c’est au tour du film de Angèle Diabang, «Un air de kora», aujourd’hui. Ce film, programmé au Ciné Burkina, est très attendu dans la compétition des courts métrages de fiction. Il s’agit d’une histoire d’amour entre une jeune musulmane Salimata et Emmanuel un chrétien. «Une histoire d’amour apparemment impossible et que la kora a rendue possible», selon les termes même de la réalisatrice dans cette interview réalisée à la veille de son départ pour Ouaga.

De quoi parle Un air de kora ?
Un air de kora, c’est une histoire d’amour impossible entre deux personnes de confessions différentes.

Histoire d’amour ? En entendant le titre, l’on croirait plutôt que c’est une histoire de musique…
J’ai choisi ce titre parce que c’est une histoire d’amour impossible que la kora a rendue possible. A la fin du film, elle reste impossible parce que les deux personnes ne peuvent pas vivre leur amour. Mais elles ont pu se rapprocher et vivre quelque chose que les gens découvriront dans le film grâce à la kora. Tous les deux adorent cet instrument de musique et quand ils jouent, il y a cette proximité des corps. Donc la kora a pu permettre un rapprochement.

Quand est-ce que le film a été tourné ?
J’ai tourné ce film en fin 2017 et je l’ai monté pendant toute l’année 2018. Ça été assez long pour le monter parce que le sujet est sensible.

Comment s’est déroulé le tournage ?
J’avais une équipe soudée de 30 personnes qui adoraient le projet. Elles étaient toutes autour de moi. Tout le monde était motivé et tous me disaient à l’avance que notre film allait être génial. Je leur disais : «Le film n’est même pas encore fini, il manque de l’argent.» J’avais des difficultés avec le montage. Mais tous me disaient «dina baax». (Ndlr : Ça ira). Ce sont toutes ces bonnes ondes autour du film et toute l’équipe de tournage qui font qu’on en est là aujourd’hui. Et aussi grâce au Fonds de promotion de l’industrie cinématographique (Fopica) qui a apporté son soutien.

Qu’est-ce qui vous a inspirée ?
Ce qui m’a inspirée (rire) ? Je sais ce qui m’a inspirée, mais je ne sais pas si je peux le dire publiquement. C’est plusieurs séjours au monastère, mon enfance à l’internat. C’est ma relation avec mes amis musulmans. C’est le fait que depuis quelques années, j’apprends à jouer à la kora. C’est tout ce mélange qui fait qu’aujourd’hui, la kora est au cœur de mon film et de ce dialogue interreligieux.

Le thème des rapports qu’entretiennent musulmans et chrétiens ainsi que la place de la femme dans la société reviennent très souvent dans vos films. Qu’est-ce qui l’explique ?
C’est la deuxième fois que je traite du thème de l’islam alors que je suis catholique. C’est important pour moi de montrer la réussite de ce dialogue interreligieux du Sénégal aux autres pays du monde. Et tout cela, en passant par la femme parce que c’est elle qui est l’essence même de la vie.
Vous n’êtes pas certes une néophyte dans le monde du cinéma, mais nous sommes curieux de savoir quel a été votre ressenti en apprenant votre sélection au Fespaco qui fête ses 50 ans cette année…
J’ai pleuré de joie. J’étais tellement contente, de même que mes collaborateurs dans ma société de production et aussi ma collaboratrice française. Quand je l’ai appelée, elle pensait qu’il y avait un malheur. Je n’arrivais même pas à lui dire que j’étais sélectionnée. Pour moi, c’était un soulagement après autant d’années de travail. C’est un projet dont j’ai eu l’idée en 2007.
De 2007 à 2017 ?
J’avais peur du sujet. Je ne savais pas comment traiter ce sujet qui parle de la religion chrétienne et de l’islam sans blesser, sans aussi blesser ma religion. Je suis catholique et on est moins de catholiques au Sénégal même s’il y a le dialogue interreligieux. Depuis donc, j’ai travaillé toutes ces années petit à petit comme une petite fourmi pour en arriver là. C’est pourquoi j’ai été très émue quand j’ai été sélectionnée.

Aujourd’hui que votre film est sélectionné, quelles sont vos attentes ?
Mon souhait c’est, que le Sénégal revienne avec des victoires. Aujourd’hui en matière de cinéma, nous sommes les champions d’Afrique. Nous avons deux fois de suite remporté la coupe. Et j’espère que tous les films sénégalais qui vont cette année au Fespaco reviendront avec des reconnaissances. C’est ce qui fera que la lumière sera sur le Sénégal, sur le cinéma sénégalais et que le gouvernement sénégalais sera encore plus fier de nous soutenir et d’accompagner, pas seulement le cinéma, mais la culture de manière générale.
aly@lequotidien.sn

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