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Le 20 décembre sera célébré l’anniversaire du rappel à Dieu du père fondateur le Président Léopold Sédar Senghor.
L’année 2018 marquera également le 70ème anniversaire de sa démission de la Section française de l’internationale ouvrière(Sfio) et l’entame de la procédure de création d’un nouveau parti.
En effet, la formation politique dénommée Parti socialiste (Ps) par le congrès extraordinaire de décembre 1976 s’appelait déjà Union progressiste sénégalaise (Ups) depuis le congrès constitutif de février 1959.
Auparavant, en 1948, le Président Senghor avait quitté la Section française de l’internationale ouvrière (Sfio) dirigée au Sénégal par Maître Lamine Guèye, et rédigé la célèbre lettre adressée à Guy Mollet. En compagnie de Mamadou Dia et Ibrahima Seydou Ndao entre autres démissionnaires de la Sfio, il a fondé le Bloc démocratique sénégalais (Bds) qu’il a fusionné en 1958 avec l’Union démocratique sénégalaise (Uds), le Mouvement autonome casamançais (Mac) et une fraction du Mouvement populaire sénégalais (Mps), menée par Abdoulaye Thiaw, pour donner naissance au Bloc populaire sénégalais (Bps).
En 1958, le Bps fusionne avec le Parti socialiste d’action sénégalaise (Psas) de Lamine Guèye pour donner naissance à l’Union progressiste sénégalaise (Ups).
Lamine Guèye a effectivement quitté la Sfio pour créer son propre parti.
Le Président Senghor s’est déchargé de ses fonctions à la tête de l’Etat du Sénégal le 31 décembre1980, et du parti, laissant le flambeau au Président Abdou Diouf qui l’a tenu jusqu’en 2000, année de la première alternance. Depuis, le président Ousmane Tanor Dieng préside aux destinées de la formation politique.
Parti de gauche, membre de l’Internationale socialiste, le Ps n’est pas pour autant un parti marxiste. Il se présente comme «l’organisation politique des ouvriers, des paysans et autres travailleurs intellectuels et manuels du Sénégal, sans distinction d’ethnie, de religion, d’origine, de sexe ni d’âge». Opposé à toute forme d’oppression de classe et de caste, il prône la conquête démocratique du pouvoir politique, la socialisation des moyens de production et d’échange, l’instauration d’une société communautaire et une véritable démocratie au service du Peuple. Tout en se réclamant de la méthode socialiste, il entend bien «intégrer dans le socialisme les valeurs culturelles de l’Afrique noire en général, et du Sénégal en particulier». Senghor s’est inspiré du socialisme inné des Africains et particulièrement des Sénégalais.
Le Parti socialiste dispose d’un siège, sis à Colobane et construit sur titre foncier dans la période allant de 1963 à 1967.
Il était structuré de la base au sommet dans une organisation parfaite du comité au congrès, en passant par les sections, les coordinations, les unions communales, départementales et régionales, le comité central, le Conseil national et le Bureau politique.
A côté de ses structures classiques, il y avait l’avant-garde, composé des mouvements intégrés (Mouvement national des femmes, celui des jeunes ainsi que les Comités d’entreprise), et un mouvement affilié (la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal Cnts).
Sans compter le Mouvement national des pionniers, créé par le Président Senghor pour donner à la jeunesse une instruction civique dès le bas âge, et le Mouvement des élèves et étudiants socialistes (Mees).
Le parti s’était doté d’un cadre de réflexion et de formation de ses militants à travers l’école du parti fondée en 1976, et le Groupe d’étude et de réflexion (Ger). Il a bénéficié de l’apport de plusieurs mouvements de soutien, dont le plus célèbre est le Cosapad de Ahmet Saloum Boye.
Ses propres organes de presse l’ont accompagné avec panache : L’Unité de Mame Ongué Ndiaye, Combat pour le socialisme, organe des comités d’entreprise, avec le charismatique Marx Magamou Mbaye, et enfin Le Débat. Il a bénéficié à sa création du soutien des guides religieux chrétiens et musulmans.
Le Parti socialiste a conduit le Sénégal à l’indépendance et présidé à ses destinées jusqu’en 2000. Il avait à sa tête des hommes et des femmes remarquables, qui avaient une bonne éducation morale et intellectuelle, ainsi qu’un sens élevé de l’Etat et du parti. Il s’agit, entre autres, des Présidents Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf, Lamine Guèye, Magatte Lô, Alioune Badara Mbengue, André Guil­labert, Dr Amadou Karim Gaye, de Mmes Caroline Faye Diop, première femme député ensuite ministre, Fatoumata Ka, Man­toulaye Guène, Adja Arame Diène, Léna Fall Diagne et l’actuelle présidente Aminata Mben­gue Ndiaye, ministre de l’Eleva­ge.
La jeunesse et les pionniers se reconnaissaient à travers Papa Alioune Ndao et Ali Dioum.
De nombreux hommes et femmes ont contribué au rayonnement du parti que certains ont quitté à la suite de conflits, à l’instar du président Mamadou Dia lors des évènements de 1962, puis Djibo Kâ, Moustapha Nias­se, Robert Sagna etc.
D’autres sont restés malgré leur âge avancé et son statut de parti d’opposition. Les présidents Cheikh Abdoul Khadre Cissokho, Nguirane Ndoye et feu Daouda Sow sont des exemples de fidélité.
La Cnts a joué sa partition dans les combats victorieux du parti, à travers la participation responsable théorisée et mise en pratique par le président Madia Diop, un géant du syndicalisme en Afrique et dans le monde.
Le Parti socialiste est l’unique formation politique au Sénégal qui réunit régulièrement ses instances, les renouvelle et tient ses congrès dans des délais raisonnables. Tous les ans, il organise son Université d’été et rend hommage au Président Senghor à travers la journée du souvenir. Il est bien implanté sur l’ensemble du territoire national et bien représenté dans la diaspora.
Ses principaux leaders ont accédé au pouvoir dans un contexte difficile où, seules Dakar et Saint-Louis disposaient d’infrastructures à la limite acceptables. Les populations de tous âges et de tous les départements du Sénégal devaient se rendre dans ces deux villes pour étudier ou se soigner par exemple.
A l’époque, l’eau potable n’était pas disponible dans les chefs-lieux de département. Il n’y avait pas de route goudronnée au-delà de Saint-Louis et Kaolack. Le téléphone était un luxe et les femmes utilisaient le pilon de mil et le mortier.
Il fallait à la fois se donner les moyens de construire des infrastructures et créer dans le même temps un Etat moderne, libre, indépendant démocratique et organisé, où les libertés sont garanties. Les gouvernements des Présidents Senghor et Diouf devaient également faire face aux conséquences néfastes des effets combinés d’une sècheresse aiguë et durable, de l’ajustement structurel, de la dévaluation du franc Cfa et d’une opposition à la critique et à l’invective faciles, peu soucieuse du devenir du pays. Malgré tout, ils y sont parvenus en s’appuyant sur des hommes et des femmes de valeur, choisis et nommés dans les différents gouvernements et services. Ils ont bénéficié pour la plupart de l’éclairage du Club nation et développement, et de l’encadrement préalable du Bureau organisation et méthode (Bom), deux outils si chers au Président Senghor. Ils ont renforcé l’Etat de droit et la démocratie, en permettant un multipartisme à quatre courants de pensée sous Senghor, puis intégral sous Diouf. Ils ont favorisé également l’éclosion de la presse privée qui n’a jamais été pour eux un épouvantail, mais plutôt un élément essentiel dans le renfoncement de la démocratie et l’exercice des libertés. Le Parti socialiste, tout au long de son histoire, a fait face à une opposition dont les leaders les plus virulents ont été Messieurs Abdoulaye Ly, Majmouth Diop, Cheikh Anta Diop, Maître Abdoulaye Wade, qui a fini par remporter l’élection présidentielle de 2000, consacrant la première alternance à la tête d’une coalition de partis. La liste n’est pas exhaustive.
Ainsi, le Parti socialiste a perdu le pouvoir en 2000 après avoir créé un Etat démocratique et réuni les conditions de son épanouissement. J’en veux pour preuve le rayonnement de sa diplomatie et de son Armée, sollicitée dans les théâtres d’opérations de l’Onu, la déclaration du Président Abdoulaye Wade reconnaissant dès sa première sortie à Touba que les caisses de l’Etat n’étaient pas vides, ou bien le train de vie coûteux du gouvernement de Me Wade, ou encore les scandales à coup de milliards dénoncés régulièrement dans la presse. Le Président Abdou Diouf quitte la scène politique et Ousmane Tanor Dieng a donc la lourde tâche de diriger un Parti socialiste en apprentissage dans l’opposition, face à un nouveau chef d’Etat peu enclin à rendre l’ascenseur ou, au moins à respecter les règles de bon voisinage édictées par ses prédécesseurs et qui lui ont permis d’accéder au pouvoir. Maître Wade et son équipe ont souvent séjourné dans les gouvernements du Président Abdou Diouf qu’ils ne quittaient qu’à la veille d’une élection présidentielle.
Le nouveau chef de l’Etat et ses alliés, soucieux de réaliser leur projet de mise à mort et d’enterrement du Parti socialiste, annulent tous les actes posés par le régime socialiste, comme la privatisation de la Senelec ou le projet du Canal du Cayor par exemple. Ils s’approprient la paternité du programme ficelé et financé du gouvernement sortant du Premier ministre Mamadou Lamine Loum. Les di­recteurs de société sont jetés en prison à la suite d’audits bidon, en attendant leur intégration en grande pompe dans le Pds. La Dic, peu connue des Sénégalais, était devenue célèbre.
Beaucoup de responsables ont quitté le parti, victimes de l’aspirateur et du rouleau compresseur bleus. Même le premier secrétaire, le président Ousmane Tanor Dieng, a déféré à une convocation de la police. Mais de vaillants militants sont restés dans les rangs et ont retroussé les manches pour organiser la résistance autour de lui. Feu Papa Babacar Mbaye a été jusqu’à sa maladie un brillant porte-étendard. La charismatique et brave présidente Aïda Sow Diawara également. Elle a su combler le vide laissé par la vaillante Adja Arame Diène. Ou bien Serigne Mbaye Thiam, brillant collaborateur du secrétaire général et excellent ministre de l’Education nationale, dont la prestation à l’Assemblée nationale a séduit les députés de la majorité et inspiré le respect aux autres.
Aujourd’hui, le Parti socialiste est bien présent et joue son rôle dans la scène politique du Sénégal. Mieux, il s’est attelé depuis 2007 à la reconquête du pouvoir, avec des succès d’étape importants en contribuant qualitativement et quantitativement au succès en 2009 et 2014 des coalitions Benno siggil senegaal et Taxawu Dakar, portant sur des symboles de pouvoir aussi forts que les mairies de ville et les communes. L’arrivée du Parti socialiste dans l’opposition a permis d’expérimenter une «opposition républicaine» jusque-là inconnue des Séné­galais. Celle-ci consiste à participer à l’éveil des masses, à poser les vrais problèmes du pays en évitant la calomnie, le mensonge, la destruction des biens et les agressions. A coup sûr, le président Ousmane Tanor Dieng est bien inspiré et ne veut que du bien au Peuple sénégalais.
Le Parti socialiste a créé et renforcé un Etat organisé. Il a favorisé l’éclosion de la presse privée et pris part aux combats contre le recul des acquis démocratiques comme celui du 23 juin avec le M23. Dans ses combats politiques, il a remporté des victoires éclatantes. Ses victoires, le Parti socialiste les devait en partie à son avant-garde, composé certes de femmes, mais également d’une jeunesse engagée.
Aussi, l’anniversaire marquant le rappel à Dieu du père fondateur constitue une occasion pour la jeunesse du parti, ses cadres, ses adultes hommes et femmes, de mieux s’approprier son histoire, s’inspirer du parcours héroïque du Président Senghor et des pionniers qui l’ont accompagné. Ces citoyens accomplis et avertis ont balisé le terrain à travers leur œuvre et les valeurs qu’ils n’ont cessé d’incarner.
Ibra FALL
Secrétaire Général 22me coordination B
Chargé de la communication du département de Pikine

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