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Il est toujours souhaitable qu’un compatriote que le chef de l’Etat a choisi pour être ministre de l’Education nationale puisse avoir avant tout une bonne capacité d’écoute. De surcroît, il gagnera à faire en sorte que l’action soit privilégiée dans son management. Concernant ce dernier point, je ne vais pas m’appesantir outre mesure sur les propositions et les suggestions que j’ai déjà faites dans mes contributions (5 au moins) sur le secteur de l’éducation et la formation. J’ai décidé d’insister seulement sur la nécessité de pacifier le milieu scolaire, la condition sine qua non pour respecter le quantum horaire, l’un des intrants importants de la qualité des enseignements-apprentissages et, en général, pour atteindre des objectifs qui méritent à cet effet d’être mis aussi en relief.
Je me permets à juste titre de recommander à mes jeunes collègues, des syndicalistes très déterminés, de ne plus opter pour le jusqu’au-boutisme ou pour ce «tout ou rien», au moment où ils devront défendre des revendications dans un processus de négociation. Dans ce registre, je confirme que cette stratégie n’a jamais été adoptée par nous qui avons blanchi sous le harnais et obtenu des avancées notoires, ou plus précisément par le Sudes dès sa création en 1976, et par l’Uden, issue du premier. Mieux, leurs secrétaires généraux s’acquittaient de leurs lourdes charges, à la grande satisfaction de leurs camarades, tout en continuant de servir l’école sénégalaise, à leurs postes respectifs. En tant que militant de la première heure du Sudes, je témoigne, en évitant de gêner sa modestie, que l’un de nos doyens, connu dans l’espace politique, pendant qu’il dirigeait au début ce syndicat et nous rejoignit comme professeur certifié de mathématiques au Lycée Van Vollenhoven (actuel Lamine Guèye) dans des circonstances qui resteront gravées dans ma mémoire, ne se rendait au siège, situé à cette époque-là au quartier Bopp, qu’après avoir terminé ses cours. Quant à l’autre intellectuel, un vrai, qui fut un condisciple et un collègue, feu Iba Ndiaye Diadji, alors qu’il avait en main les rênes dudit syndicat, assurait en même temps ses enseignements, ainsi que ses tâches d’encadrement et de suivi pédagogique à la Fastef. Il rattrapait régulièrement les heures de travail, non effectuées durant ses séjours à l’étranger, des séjours qu’il était tenu de faire. Et il fit tout cela jusqu’à son dernier souffle. A chaque étape de notre lutte, nous pensions tous que la défense de nos intérêts s’arrêtait là où commençait celle des intérêts des élèves. C’était pour nous un impératif, un devoir ou, même, une preuve irréfutable d’engagement patriotique.
Ce rappel ne me pousse pas à dire péremptoirement à ces jeunes syndicalistes de suivre la trajectoire de syndicalistes exemplaires du temps du multipartisme limité à l’avènement du Président Abdou Diouf, mais plutôt à leur suggérer de s’en inspirer autant que faire se peut. Je n’ignore pas que nous avons parfois besoin de revisiter le passé, afin d’en tirer leçon pour le présent. S’inscrire dans cette logique nous aide toujours à nous orienter mieux dans notre quête interminable de la perfection ou de progrès. La même rétrospection s’impose également et surtout à moi comme le meilleur moyen de faire savoir que les initiatives et les réformes que l’on a entreprises ou va entreprendre, en vue de renforcer la crédibilité de notre système éducatif, ne seront pas productives, si nos enseignants craie en main, qui sont les principaux concepteurs de la qualité, regroupés dans de nombreux syndicats, ne changent pas de méthode de lutte. Je n’hésite pas à réaffirmer que le combat corporatiste demeure absolument une action continue à mener dans le but d’obtenir des acquis dans l’immédiat ou bien dans la durée. Pour sa part, le gouvernement a la compétence de ne pas donner l’occasion aux représentants des organisations syndicales de nos enseignants, comme aux dirigeants de celles des autres travailleurs du pays, de parler à l’envi de dilatoire, si toutefois il décide d’entamer des négociations avec eux. Sincèrement, je ne comprends jamais qu’il tarde très souvent à enrayer les causes certaines de leurs frustrations. En tout état de cause, nous ne parviendrons pas à atteindre facilement ces objectifs louables que nous nous fixons dans le domaine de l’éducation, à savoir améliorer constamment la qualité des enseignements-apprentissages dans l’ensemble de nos établissements scolaires et garantir la réussite à nos apprenants, quelle que soit la situation sociale de chacun d’eux, dès lors que les principaux acteurs de l’école perturbent ou bloquent chaque année son fonctionnement par des grèves incessantes, ce cycle de remous devenu insupportable. Evide­mment, les opportunités de ne pas en arriver à regretter de telles tensions ne manquent pas.
Dans cette dynamique, la pacification du milieu scolaire, grâce en grande partie à la matérialisation sans délai des accords déjà signés avec les syndicats en question et à l’application diligente des décisions prises lors du Conseil présidentiel sur les conclusions des Assises de l’éducation, ne sera qu’encore bénéfique pour notre école, l’école de la République, à laquelle nous, ou presque nous tous, devons beaucoup. A cet égard, même s’il incombe à l’Etat de prendre toujours les décisions au niveau institutionnel et à nos enseignants de se mettre exclusivement au service de cette école, les autres membres de la communauté ne peuvent pas avoir des motifs valables de refuser de participer peu ou prou à sa bonne marche.
Badiallo dit Boucounta BA
Formateur de professeurs et d’inspecteurs
du moyen/secondaire
Ancien Chef du département de Langues romanes à la
FASTEF/UCAD

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